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lundi 19 octobre 2009

L’Amérique et la paix dans le monde ou l’utilisation de l’Islam pour déstabiliser la Chine !

Alors que l’élection de Barack Hussein Obama a suscité un réel « espoir de paix » dans le monde, largement repris en écho par les médias de la communauté internationale, rares étaient les observateurs qui mettaient en doute cet optimisme béat(1). En fait, il n’y a que la Russie et la Chine qui se sont abstenues de faire des commentaires élogieux à son égard.

Par expérience, ils savent que le nouveau président a été désigné pour appliquer le programme des forces occultes qui l’ont porté, à coups de centaines de millions de dollars, à la tête de « l’empire le plus puissant depuis l’empire Romain »(2). Pour mieux faire passer leur programme de déstabilisation de l’Asie, par talibans et Al Qaîda interposés, les décideurs du Complexe militaro- industriel vont se servir de la misère des communautés musulmanes du Pakistan et de l’Inde, ainsi que des frustrations de la Chine pour entraver et freiner l’ascension de ce grand pays qu’ils ont déjà classé comme « puissance rivale ». Conscients de ce que « les Etats-Unis sont la seule superpuissance au monde, combinant une puissance militaire dominante, un leadership technologique mondial et la plus grande économie du monde »(3), les think tanks du Complexe veulent préserver cette avance, estimant qu’« à l’heure actuelle, les Etats-Unis ne sont confrontés à aucun rival global. L’objectif d’une stratégie américaine ambitieuse devrait être de préserver et d’étendre cette position avantageuse aussi loin que possible dans le futur »(4).

Pour pérenniser leur domination sur le monde, les Etats-Unis ont mis au point une nouvelle stratégie, dénommée « Programme pour un nouveau siècle américain » dans lequel ils s’inquiètent du « déclin de la puissance des Etats-Unis et des problèmes que cela créerait dans l’exercice de leur leadership mondial… »(5). C’est ce qui explique les sommes colossales misées par le Complexe militaro-industriel pour faire élire un Noir, d’origine musulmane, dans le but de donner du crédit au semblant de changement de leur politique au Moyen-Orient et surtout mettre en application leur stratégie visant à déstabiliser, au moyen de l’Islam, le Pakistan et l’Afghanistan afin de créer une forte zone de turbulences qui s’étendra, par vagues successives, à l’Inde avec comme objectif majeur, la Chine.

L’Afghanistan : la déstabilisation permanente

Entre le départ des Soviétiques d’Afghanistan en février 1989 et l’installation de la République islamique en avril 1992, les Américains, tout en laissant les Afghans se dépêtrer dans leurs divisions, après s’en être servi pour abattre l’ours soviétique, envoyaient une mission composée du Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif accompagné de son chef d’état-major et du prince Turki El Fayçal, chef des services de renseignement saoudien et protecteur, avec les Américains, d’Oussama Ben Laden. Tout en étant à l’origine de la déstabilisation de ce pays, les Américains font mine de s’y intéresser en jetant un leurre : du fait de sa proximité avec la mer Caspienne, l’Afghanistan sera, disent-ils, la « seule route possible » du gazoduc de ce « nouvel eldorado » des hydrocarbures. D’où la prétendue nécessité de stabiliser ce pays. En janvier 1995, alors que la guerre fait rage, de nouveaux acteurs apparaissent, inventés de toutes pièces par l’ISI pakistanais, à l’instigation de la CIA et financés par l’Arabie Saoudite : les talibans(6).

Lorsqu’en septembre 1996 les talibans prennent Kaboul, Michael Bearden, ancien responsable de la CIA dans ce pays, déclare : « Ces gars ne sont pas les pires, des jeunes gens un peu fougueux, mais c’était mieux que la guerre civile… » (7). Même le vice-président de la firme Unocal, Chris Taggart, qualifie leur avance de « développement positif » (8). Donnant plus de consistance au leurre du « projet de gazoduc », cette firme ouvre un centre de formation à l’université d’Omaha pour former 137 Afghans aux techniques de construction de gazodusc. Mais ce prétendu projet est aussitôt enterré par Washington pour faire perdurer la déstabilisation de l’Afghanistan par l’envoi de Ben Laden qui était au Soudan, « à la recherche d’un refuge »... En fait, « lorsqu’en mars 1996 le Soudan proposa de livrer Ben Laden à Washington, Madeleine Albright prétexta une tension avec le Soudan pour fermer l’ambassade US à Khartoum » (9). La proposition soudanaise dura jusqu’au 19 mai 1996, date à laquelle Ben Laden quitta le Soudan pour l’Afghanistan. En écho à la manœuvre, le sous-secrétaire d’Etat américain, Scrobe Talbott, dévoile le véritable projet d’avenir réservé à ce pays, le 21 juillet 1997 : « La région (l’Afghanistan) pourrait devenir une pépinière de terroristes, un berceau de l’extrémisme politique et religieux et le théâtre d’une véritable guerre. » (10)

John O’Neil, L’homme qui en savait trop !

Les ingrédients pour le lancement, le 22 février 1998, du Front international islamique par Ben Laden, sont mis en place. Ce dernier, pour se rendre plus crédible, émet une « fetwa » autorisant les attentats anti-américains. Le 8 août 1998, des engins explosifs détruisent les ambassades de Dar Essalem et de Nairobi, consacrant ainsi le classement de Ben Laden comme ennemi public n° 1. Pour lui (leur) permettre de bien (lui) préparer ses caches, les Etats-Unis attendront plus de six mois avant de lancer un mandat d’arrêt international. Le leurre du « projet de gazoduc » n’avait plus lieu d’être… Washington va même jusqu’à manipuler le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire voter, le 15 septembre 1999, une résolution « exigeant des talibans l’extradition de Ben Laden… » Mais les talibans restent, et pour cause, des interlocuteurs pour les Etats-Unis, puisqu’ils permettent à Abderrahmane Zahid, ministre adjoint des Affaires étrangères taliban de donner, le 27 septembre, une conférence à Washington dans les locaux du Middle East Institute.

En fait, chaque négociation devient le prétexte pour pousser à une radicalisation des talibans, manipulés et manipulables à souhait. Ce qui poussa le diplomate algérien, Lakhdar Brahimi, à démissionner pour ne pas devenir complice de la manœuvre, mais n’empêcha pas les Etats-Unis de faire semblant de continuer à « réclamer Ben Laden », en proposant aux talibans, en contrepartie, un autre leurre : un « plan sérieux de reconstruction ». Ce nouveau leurre devint l’excuse tout trouvée pour que le Département d’Etat bloque l’enquête du Fédéral bureau of investigation (FBI) sur d’éventuelles implications de « Ben Laden et de ses complices talibans » dans l’attentat du mois d’octobre 2000, contre le navire de guerre Américain USS-Cole, à Aden, au Yémen. En fait, se rendant compte que l’agent du FBI, John O’Neil, surnommé « M. Ben Laden », avance bien dans son enquête et risque de comprendre le pourquoi du comment de cet attentat et découvrir les vrais commanditaires, Washington le fait expulser du Yémen le 5 juillet 2001. En savait-il trop ? Comme par hasard, on lui offre, fin août 2001, après sa démission provoquée du FBI, les fonctions de chef de la sécurité du World Trade Center, pour être sûr qu’il y laisserait les secrets dont il avait eu connaissance. En effet, de part la fonction dont il était nouvellement investi, il ne pouvait y échapper : John O’Neil devait y laisser la vie le 11 septembre.(11)

« Organiser les situations » par l’utilisation de l’Islam

Pour les décideurs du Complexe, « la perspective est que l’Asie orientale deviendra une région de plus en plus importante, marquée par l’ascension de la puissance chinoise… »(12) ; aussi, estiment-ils nécessaire « d’accroître la puissance militaire des Etats-Unis en Asie orientale » qu’ils considèrent comme « la clé pour faire face à l’accession de la Chine au statut de grande puissance »(13). Ils sont convaincus qu’« aucune stratégie américaine ne peut empêcher les Chinois de défier le leadership régional américain »(14). Aussi, est-il conseillé dans cette étude de « sécuriser et étendre les zones de paix démocratiques, dissuader la montée de la concurrence d’une nouvelle grande puissance, défendre les régions-clés, exploiter la transformation de la guerre par les nouvelles technologies »(15). En fait de transformation de la guerre et de nouvelles technologies, les stratèges du Pentagone comptent organiser les situations par islamistes interposés et manipulés par leur relais local qu’est l’ISI Pakistanais. Cette nouvelle stratégie consiste à « organiser les situations pour préserver la domination géopolitique des Etats-Unis en s’appuyant sur les fondations indiscutables d’une prééminence militaire des USA »(16).

Dans son « projet pour le nouveau siècle américain », le complexe s’est donné pour objectif de reconstruire les défenses de l’Amérique avec pour stratégie de « préserver et accroître la position (des USA) comme seule superpuissance militaire prééminente, pour une durée à venir aussi longue que possible »(17), en se donnant pour mission de redéployer les forces des USA pour répondre aux « réalités stratégiques du XXIe siècle en déployant des forces en Europe, au Moyen-Orient et surtout en Asie orientale, devenu le nouveau centre d’intérêt stratégique »(18). Et les analystes de cette stratégie de mettre en garde les décideurs du Complexe : « Si nous ne prenons pas nos responsabilités, nous susciterons des défis envers nos intérêts fondamentaux. L’histoire du XXe siècle doit nous enseigner qu’il est important d’organiser les situations avant que les crises ne surviennent et de faire face aux menaces avant qu’elles ne deviennent extrêmes. L’histoire du XXe siècle doit nous inciter à prendre fait et cause pour la domination américaine »(19). « L’inquiétude croissante » que manifestent les think tanks face à « l’ascension de la Chine en tant que puissance peut créer une dynamique qui peut menacer la capacité de l’Amérique à exercer sa puissance dominatrice… »(20). Voulant régenter toute la planète, ils estiment que « la prépondérance de la puissance américaine est si grande et ses intérêts globaux si larges qu’ils ne peuvent pas prétendre être indifférents à l’issue politique dans les Balkans, dans le Golfe persique ou même lorsqu’ils déploient des forces en Afrique »(21)

Semer les « chaos constructifs »

Après avoir organisé les situations en Palestine, par un blocage systématique de toute initiative de paix et le maintien d’un abcès permanent par le soutien inconditionnel de la politique annexionniste de l’Etat d’Israël, créé les conditions à même d’attiser le feu dans les Balkans jusqu’à l’implosion de la Yougoslavie, mis en place le « chaos constructif » en Irak pour avoir la mainmise et le contrôle sur l’un des plus grands gisements de pétrole de la planète, encouragé les « révolutions oranges » d’Ukraine et de Géorgie en les poussant à demander leur intégration à l’OTAN pour affaiblir la Russie, utilisé l’Afghanistan et le Pakistan pour en faire les principaux leviers de leur politique de déstabilisation de l’Asie, poussé à l’établissement, en Somalie, d’un foyer permanent de tension dans la région stratégique qu’est la Corne de l’Afrique, essayé à maintes reprises de déstabiliser le Liban, par Israël interposé, ou par centaines de millions de dollars, en jouant sur les « rivalités » intercommunautaires chiites/sunnites/chrétiens, favorisé la prétendue « rivalité » entre Perses et Arabes pour créer un foyer de tension propre à inciter des achats d’armement de la part des monarchies pétrolières, en brandissant le danger d’un Iran nucléaire, ils utilisent, à présent, un bon Noir américain d’origine musulmane, pour faire les yeux doux au monde musulman et s’en servir dans leurs desseins machiavéliques de domination du monde.

En prévision de tels projets, ce programme prévoit « de réduire la fréquence de la présence des porte-avions en Méditerranée et dans le Golfe tout en augmentant la présence de l’US Navy dans le Pacifique(22) et d’améliorer les capacités de l’Air Force en Asie orientale pour mener des opérations de bombardiers à longue portée B2 et autres avions furtifs à partir de l’Australie(23), sachant qu’à l’heure actuelle ce type d’avions n’opèrent qu’à partir de la base aérienne de Whitman dans le Missouri. L’US Force prépare le remplacement de sa flotte de F-15 et F-16 par le F-22, conçu dans le programme Joint Strike Fighter (JSF), qui a déjà coûté 223 milliards de dollars au contribuable américain et renverra le Rafale français au musée de l’aéronautique. La marine ne sera pas en reste puisqu’il est projeté des ports d’attache semi permanents en Australie et aux Philippines. Tous ces préparatifs sont mis en place dans « la perspective que l’Asie orientale deviendra une région de plus en plus importante, marquée par l’ascension de la puissance chinoise… »(24).

Ce qui a fait la force des Etats-Unis depuis le début du XXe siècle, ce sont l’audace et l’esprit de décision qui ont caractérisé ses dirigeants, et notamment ceux du Complexe militaro-industriel. A chaque fois que le besoin s’en est fait sentir, ils n’ont pas hésité à créer les situations de manière à avoir plusieurs longueurs d’avance sur leurs rivaux, y compris leurs alliés conjoncturels (Europe et Israël). A contrario, depuis les vingt dernières années, la Russie et la Chine sont confinées dans leurs retranchements et subissent les assauts sournois et répétés de l’empire. Afin de contrecarrer et prévenir cette déstabilisation programmée, la Russie, qui compte plus de 15% de musulmans, a pris des mesures concrètes pour mettre en échec ce plan par l’adoption d’une politique plus volontariste avec le monde islamique(25), rappelant, par le biais de l’ancien président V. Poutine, que « la présence de l’islam sur le territoire russe était antérieure à celle du christianisme » (26). En effet, historiquement, l’Islam s’est répandu en Russie dès la fin du VIIe siècle, alors que le christianisme n’a été adopté, comme religion officielle, que vers la fin du Xe siècle par le premier Etat russe. Quant à la Chine, elle gagnerait à instaurer vis-à-vis de sa communauté musulmane une politique plus à même de contrer et prévenir ce plan machiavélique pour déjouer cet effet boule de billard, venant aujourd’hui du Pakistan et demain de l’Inde, dont la majeure partie de la communauté musulmane(27), marginalisée et victime de discrimination de la part du pouvoir indien, vit dans une très grande misère.

K. M. : Avocat

Notes de renvoi :

- 1- Point de vue de l’auteur paru dans El Watan du 22 décembre 2008 : « De la case de l’oncle Tom… »
- 2- Propos tenus par Henry Kissinger
- 3- Dans Stratégie, forces et ressources pour un nouveau siècle
- 4-Idem
- 5- Idem
- 6- « Aux origines de la guerre antiterroriste » Pierre Abramovici. Le Monde Diplom. Janvier 2002
- 7- « Pièces à conviction » France 3, 18 octobre 2001 cité par Pierre Abramovici
- 8- Financial Times du 3 octobre 1996 cité par Pierre Abramovici
- 9- Dans La terreur fabriquée W. G Tarplay
- 10- Dans « Pièces à conviction » sus-cité.
- 11- Dans « Aux origines de la guerre anti terroriste » sus-cité.
- 12 à 24 dans Stratégie, forces et ressources pour un nouveau siècle américain sus-cité
- 25- La Russie a obtenu le statut de membre observateur de l’Organisation de la Conférence islamique le 10 octobre 2003 grâce à l’appui de l’Arabie Saoudite et de l’Iran.
- 26- Déclaration de M. Poutine sur la chaîne El Jazeera le 16 octobre 2003.
- 27- En Inde, la communauté musulmane compte près de 160 millions d’habitants.

Par Khelifa Mahieddine

dimanche 18 octobre 2009

Réorganisation de l’année scolaire : Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Il est rassurant de voir certains de nos titres de presse ouvrir leurs colonnes à des universitaires et spécialistes.

Ces contributions sont censées éclairer les profanes sur tel ou tel enjeu ou expliquer, avec pédagogie, des concepts sujets à interprétation. Leur arbitrage est décisif dans les débats – voire dans les polémiques – entre profanes autour de questions à soubassements scientifiques.

Pour ces raisons, leur avis était très attendu pour élucider les tenants et les aboutissants des turbulences occasionnées par la nouvelle organisation de l’année scolaire. Les rares universitaires qui se sont prononcés sont pour la plupart des sociologues.

Aucun spécialiste en sciences de l’éducation, notamment parmi ceux versés dans le créneau des rythmes scolaires n’est intervenu sur la scène médiatique. Même s’ils ne sont pas légion, il en existe au sein de laboratoires de recherche de certaines universités du pays. Passons sur ce silence pesant. Revenons aux propos disponibles dans la presse nationale. Nous avons entendu à maintes reprises parler de “surcharge des programmes”. Un universitaire a même parlé de “la charge trop lourde des programmes”. Mais qu’est-ce qu’un programme scolaire si ce n’est qu’il comporte – entre autres – un listing de chapitres de leçons à dispenser par l’enseignant et à assimiler par l’élève ? En d’autres termes, un cahier des charges pour le processus d’enseignement/apprentissage du niveau concerné. Sûrement que le sociologue interviewé avait dans son esprit le mot “surcharge des programmes”.

Le lecteur non initié se dira “voici un justificatif scientifique aux choses qui se racontent ici et là autour de la surcharge des programmes”. Pour lui, la messe est dite, alors qu’aucun argument n’est venu étayer les affirmations de l’interviewé. Ce qui est bien dommage.
En réalité, les programmes scolaires sont de conception universelle notamment dans les disciplines scientifiques. Le nombre et l’intitulé des leçons de mathématiques, de physique, technologie ou de sciences “programmées” dans les établissements scolaires d’Algérie sont quasiment les mêmes que dans les tous pays du monde. Il n’y a pas de mathématiques, ni de sciences spécifiques à notre pays. En fait foi l’existence d’une évaluation à l’échelle mondiale et d’Olympiades dans ce type de disciplines.

Il n’est pas dans notre intention de nier ou de contourner l’existence de ce malaise récurrent qui a amené les élèves de terminale à sortir dans la rue en janvier 2008. Mais est-ce que les vraies questions ont été posées et les facteurs décisifs cernés ? Pas sûr. Ne voilà-t-il pas que, malgré les allégements opérés par la commission de suivi des programmes scolaires installée en septembre 2007, des voix s’élèvent en septembre 2009 pour “dénoncer la surcharge des programmes scolaires” ? Jusqu’où alléger ? Jusqu’à transformer en peau de chagrin des programmes (ceux des disciplines scientifiques et techniques) élaborés sur des normes internationales ?

Le premier facteur à incriminer – et il est de taille – se situe au volume horaire annuel alloué aux apprentissages (heures de cours effectifs), à savoir le nombre de semaines passées par l’élève en salle de classe. Comparés à leurs pairs des autres pays, nos élèves souffrent d’un déficit en semaines de cours. Au niveau mondial, la moyenne varie de 35 semaines (Maroc, Tunisie) à 40 semaines en Occident, excepté la France. Chez nous, l’année scolaire pointe sa fin avant la clôture de la 27e semaine. Nous parlons de 27 semaines, officiellement planifiées, auxquelles il y a lieu de retrancher les nombreux jours fériés et les journées “clandestines des ponts’’ de fêtes. Faites les comptes ! Une durée nettement insuffisante pour prétendre aux mêmes performances des élèves anglais ou chinois.

Dans les faits, les élèves sont “encouragés’’ à déserter les salles de classe une fois bouclée la dernière composition du troisième trimestre. D’où le triste spectacle, vers la mi-mai, de ces élèves qui s’éparpillent dans l’espace extra-scolaire. Pour aller où ?... Une réalité dénoncée par la presse et les parents et que le MEN a tenté de juguler depuis quelques années.

Enjeux et contraintes

Afin de mettre fin à cette anomalie, la loi d’orientation sur l’éducation nationale (adoptée le 23 Janvier 2008) a fixé la durée de l’année scolaire “à 32 semaines au minimum”. Dans le sillage de cette loi et pour être en phase avec la tendance mondiale, le MEN a pris la décision d’une rallonge conséquente à l’année scolaire. Elle est de 35 semaines, à partir de cette année.
La levée de boucliers constatée depuis cette annonce a de quoi laisser perplexe. Elles sont légitimes les préoccupations des parents dont les enfants font face à des contraintes de transport ou de restauration. Par contre, inexplicables sont les positions de certains cercles. Auparavant déjà, ces derniers se sont plaints de la “surcharge des programmes’’ et des difficultés à les boucler avant terme. Recevable, cet argument quand il s’agissait d’une année scolaire à 27 semaines (et moins). Mais comment expliquer le maintien de cette position au moment où survient une rallonge de 8 semaines. N’est-elle pas conçue (cette rallonge) pour offrir le temps nécessaire au sacro-saint bouclage des programmes ? Elle permet aussi de mieux s’adonner aux révisions, à la préparation aux examens (en classe et non en dehors). Autre avantage à puiser de cette réorganisation de l’année scolaire : effectuer les corrections et les comptes rendus des compositions du troisième trimestre, d’ailleurs rarement effectués par le passé. Qui s’est soucié de cette privation de droit dont ont été victimes nos élèves – le droit à la correction/compte rendu, le droit à la phase de révision/préparation.

Quand on sait la valeur pédagogique et formatrice des corrections collectives et individuelles, des révisions préparatoires aux examens, on ne peut que se réjouir de voir les élèves algériens disposer du même nombre de semaines que leurs camarades dans les autres pays.

Dans le fond, le principe de cette décision de réorganisation de l’année scolaire (à 35 semaines) est inattaquable. Faut-il souligner qu’elle a un soubassement scientifique et pédagogique sans lequel les pays développés ne l’auraient jamais adoptée ?

Toutefois, son application dans des conditions particulières a quelque peu perturbé la sérénité des usagers de l’école. Nous citerons deux écueils : la double vacation dans des établissements scolaires, due essentiellement à l’incapacité du secteur de la construction de répondre avec célérité aux demandes en infrastructures scolaires ; les redoublements, voire triplement d’élèves de fin de cycle faute de place d’accueil en formation professionnelle.

À l’évidence, des mesures d’accompagnement sont inéluctables à court ou moyen terme. Elles se dessinent en filigrane dans l’esprit de la réforme qui se veut soumise à un dispositif permanent d’évaluation. Dispositif qui nous l’espérons, débusquera les fausses notes et apportera les solutions adéquates.

À coup sûr, c’est vers une refonte de l’organisation pédagogique de nos établissements scolaires que nous mène cette mise à niveau aux normes internationales. De cette refonte naîtront les solutions radicales aux problèmes récurrents que nous vivons chaque année. Là se nichent les enjeux futurs. Ils ont pour noms : la réduction de la durée de la leçon sous l’impulsion de l’usage des TIC, la redéfinition de la nomenclature des disciplines à enseigner avec des horaires appropriés, la synchronisation des contenus des manuels avec les programmes scolaires et ce, par un affinement des cahiers des charges s’y rapportant (ne pas confondre programme et manuel), la réhabilitation statutaire de certains enseignements tels que l’EPS et l’éducation artistique et esthétique. À la clé, l’élève algérien aura de la motivation pour les études. Le problème d’horaires ne se posera pas en termes de contrainte mais en termes de qualité des activités proposées.

Quand il est soumis à un régime pédagogique attrayant, centré sur ses intérêts et ses besoins, l’élève ne voit pas le temps passer. Surtout lorsqu’il est entre les mains d’un éducateur consciencieux, dévoué au nom de la réussite et de l’épanouissement de ses ouailles. Pour toutes ces raisons, il y a lieu de conclure par le bon sens populaire : “Éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain”. L’année à 35 semaines (et plus si nécessaire) impose ses vérités partout dans le monde. Il ne sert à rien de s’y opposer… à moins d’avoir des desseins autres que purement pédagogiques.

Par : AHMED TESSA (*)

mardi 13 octobre 2009

À propos du livre de cheikh Khaled Bentounès : La mémoire et la gloire

À soixante ans passées, cheikh Khaled Bentounès, chef de la zaouïa alaouia, se penche sur son passé. De cet exercice est sorti un récit de 200 pages, plaidoyer pro domo comme il convient à ce genre d’ouvrage, où le cheikh raconte sa vie, son œuvre et ses espérances. M. Bentounès a peut-être mille raisons d’être fier de ce qu’il a réalisé. Il devrait, cependant, s’armer d’une plus grande précaution quand il cite des faits passablement reformatés ou des propos de personnes encore vivantes. Retour donc sur une enquête journalistique signée par un jeune reporter qui était moi et qui a été publiée par le journal El Moudjahid il y a aujourd’hui 41 ans…

En juillet 1968, sur plusieurs jours d’affilée, paraissait sur le journal El Moudjahid une enquête-reportage intitulée : Les Alaouites ou l’Islam des hommes d’affaires. Voici comment, dans un ouvrage qui vient de paraître1, cheikh Bentounès en parle : “Le samedi 20 juillet 1968, écrit-il, Zouaoui Benhamadi signe un article incendiaire sous le titre les Alaouites ou l’Islam des hommes d’affaires ; qui sont-ils ? Des musulmans à part entière ou des musulmans bien à part ?” 2. Le cheikh énumère ensuite un certain nombre de griefs que l’opinion publique et, selon lui, des dirigeants de l’époque, reprochaient à la zaouïa alaouite, accusations qui vont de l’attitude antinationale à l’hérésie religieuse. Jusque-là, c’est conforme au texte de l’enquête. Le cheikh Bentounès ose ensuite, et c’est son droit, une explication plus générique : cette enquête n’est rien d’autre qu’une attaque publique et frontale contre la zaouïa “commanditée par le pouvoir militaire qui s’est installé en Algérie en1965”. Là encore, le cheikh Bentounès peut échafauder le scénario qui lui convient.
Seulement voilà, pour avoir été l’auteur de cette enquête, c’est aussi mon droit de dire ce que je sais. Je sais que, comme tous les étés qui sont des périodes “vides”, comme dans toutes les rédactions du monde, le journal El Moudjahid cherchait des sujets de société pour étoffer ses pages. Je sais que mon chef de rubrique de l’époque (encore vivant) natif de l’est du pays, une région où l’action de cheikh Abdelhamid Ibn Badis avait considérablement réduit celle des confréries, m’entretenait souvent de ce que lui disait alors son parent, qui se trouvait en poste dans une institution publique à Mostaganem. Il lui paraissait étrange et très peu ordinaire qu’une confrérie locale puisse avoir autant d’influence sur la vie des institutions publiques comme c’était le cas à Mostaganem.

Ce que colportait la rumeur était-il vrai ? Il fallait aller enquêter sur place. Voilà comment, dans la tranquille atmosphère estivale d’une rédaction, il a été décidé de réaliser un reportage sur les Alaouites. On est bien loin du “pouvoir militaire” machiavélique tapi dans l’ombre et manipulant à sa guise médias et journalistes. J’ajoute encore que le Moudjahid de l’époque était dirigé par le très regretté Abdelaziz Morsli, un homme d’une inégalable probité intellectuelle qui a marqué plusieurs générations de journalistes.

Au fait, que contenait cette “incendiaire” enquête ? Rien de plus que la description de l’état des lieux et la transcription des propos des principaux protagonistes, y compris un entretien avec cheikh El Mahdi Bentounès, père de l’actuel guide de la zaouïa, dans lequel il confondait ses détracteurs. Que s’est-il passé par la suite ? On peut l’apprendre par la lecture d’un chapitre du livre de M. Bentounès. Mais un journaliste peut-il être tenu pour responsable de l’action et des réactions de deux acteurs majeurs et hautement responsables que sont les autorités publiques, d’une part, et les dirigeants de la zaouïa, de l’autre ? Ou alors, faut-il tuer le messager à chaque fois que les nouvelles ne sont pas bonnes ?

Quarante années s’écoulent et un jour, je reçois un appel de M. Adda Bentounès, frère du guide, qui me demande si je consentais à témoigner dans un film ce que la zaouïa réalisait autour de la personnalité de cheikh El Mahdi Bentounès. Ma réponse est immédiate : c’est oui. Le oui d’un homme qui a toujours eu la conscience tranquille. Le jour convenu, je vois débarquer dans mon bureau une équipe de“cinéastes alaouites” avec un attirail flambant neuf. Premier constat : ce sont des étrangers mais, disent-ils fièrement, de vrais adeptes de la Tarîqa. L’entretien devait durer dix minutes mais je vois qu’il s’éternise. Jusqu’à ce que le “cinéaste” me dise clairement ce qu’il était venu chercher : des excuses publiques, voire même un acte de repentance. Pourquoi ? Parce que j’avais participé à un “complot ourdi par Boumediène le communiste qui, pour plaire à Moscou, s’en était pris à un fleuron de l’Islam (les Alaouites)”. Et il ajouta, tout à fait rassurant : “Aujourd’hui, le mur de Berlin est tombé, il n’y a plus rien à craindre”3. Rien que cela : la zaouïa alaouite, enjeu stratégique de la bataille est-ouest ! Je le regardai médusé mais tout de même surpris par son air candide, presque de bonne foi. Je compris alors que ce “cinéaste”, non seulement ne connaissait rien à la réalité locale, mais ne faisait que débiter un couplet qu’on lui a appris ailleurs.

L’entretien se déroulant devant témoin, j’entrepris alors, patiemment, caméra en marche, de lui rappeler la genèse de cette affaire et, courtoisement, lui donnais congé.
En juillet 2008, de passage à Alger, le cheikh Khaled Bentounès m’invite à un “déjeuner amical” pour évoquer le “passé et l’avenir”. La zaouïa alaouite était devenue rayonnante et plus puissante que jamais. Je décidai de répondre à cette invitation avec plaisir mais surtout pour avoir des explications sur l’attitude du fameux “cinéaste” étranger.

Une fois à table, le sujet fut posé avant les hors-d’œuvre et aussitôt évacué par un geste expéditif du cheikh : “oublie tout ça. Ces étrangers ne comprennent pas les réalités de notre pays”. S’ensuivit un échange paisible qui dura trois heures et qui sera d’ailleurs suivi d’une autre longue rencontre, environs six mois plus tard, et toujours en tête-à-tête. Que s’était-il dit dans ces rencontres ? Rien de bien notable sinon un échange, parfois fécond, entre deux hommes mûrs que le destin a fait croiser il y a quarante ans. Le cheikh avait envie de me faire connaître l’étendue et les performances de son itinéraire et il le faisait comme un orateur des grandes foules, même si j’étais seul à l’écouter. Aujourd’hui, disait-il, il “occupe un grand espace, tutoie des têtes couronnées d’ici et d’ailleurs, ambitionne de grands projets pour sa Tarîqa…”

J’avoue que, sur le moment, à part un léger soupçon d’une trop humaine vanité, tout cela me semblait dans l’ordre des choses : réussir c’est d’abord le faire savoir. Mais après la lecture de son livre, d’autres interprétations sont possibles. Parce que, que dit le cheikh Bentounès de ces rencontres ? En ouvrant les guillemets, le cheikh me fait dire : “Je rends grâce à Dieu de m’avoir prêté vie jusqu’à ce que je te rencontre aujourd’hui. Il fallait me débarrasser de ce fardeau qui me pèse depuis si longtemps. Il me fallait avoir une explication avec toi sur ce qui s’est passé autrefois…” 4.

Cette entrée en matière, curieusement empruntée à une littérature de confessionnal, laisse présager du pire, c'est-à-dire, de la part de M. Bentounès, d’une remarquable capacité de “construction”. Ainsi, selon ses dires, j’aurais plaidé les circonstances atténuantes vu mon âge (23 ans) à l’époque, j’aurais chargé mes supérieurs qui ont “fait le choix des entretiens à publier”, et, bien sûr, ce n’est que plus tard, après avoir beaucoup voyagé, que j’ai compris “le message universel de cheikh El Mahdi Bentounès qui avait des idées beaucoup trop avancées pour l’Algérie de l’époque”. Voilà, bien plus que des regrets, de véritables aveux !

Bien sûr que rien de cela n’a été dit. Mais comment caractériser, eu égard à la personnalité de M. Khaled Bentounès et des sentiments que lui vouent ses adeptes, une telle inexactitude sans employer le mot qui blesse ? L’on sent bien que le sentiment de revanche, sinon de vengeance, l’a emporté chez le cheikh au point de violer une discussion à caractère privé et de travestir la réalité. J’affirme pour ma part n’avoir jamais tenu, ni avec M. Bentounès ni avec personne d’autre, de tels propos tout simplement parce qu’ils ne renferment aucune réalité. Qui peut croire que l’indomptable Morsli qui dirigeait le journal, le talentueux regretté Bachir Rezzoug, qui a donné une plus-value technique à cette enquête, le subtil photographe Aziz Hmida, moi-même et certainement beaucoup d’autres qui auraient été, selon les dires du cheikh, les commanditaires ; que tout ce monde-là donc ait pu, dans un secret si jalousement gardé depuis 40 ans, “comploter” contre une zaouïa, en particulier, dans un pays qui en regorge ? Et pourquoi ? Mais si l’on retourne l’interrogation pour se demander pourquoi depuis si longtemps les dirigeants de la zaouïa alaouite s’en tiennent à la théorie du complot, l’on peut peut-être comprendre, à la faveur des soubresauts qu’a connus notre pays, où se situe aujourd’hui l’intérêt et qui en tire profit.

Le cheikh Khaled Bentounès est dans son rôle de tenter d’innocenter ses pères des accusations de leurs contemporains. Mais il ne peut refaire l’histoire. C’est en apportant sereinement ses preuves et non en accablant la mémoire des disparus qu’il pourrait peut-être convaincre. Car il ne faudrait pas succomber à l’illusion. Tout ce gros paquet de vieux tartuffes fraîchement convertis, ces politiciens bedonnants partis à la pêche aux voix sénatoriales, ces plumes “mortellement laïques” qui ont pourtant encensé une problématique “audace” religieuse, ces officiels de la religion à la crédibilité obérée qui se sont réfugiés dans le silence, tous ces gens - et je ne parle évidemment pas des adeptes sincères - qui ont accouru cet été à Mostaganem, ne sont que d’encombrants compagnons de route pour une authentique Tarîqa soufie dont la trajectoire a plus à voir avec la douloureuse quête existentielle de l’imam El Ghazali que de la frivolité médiatique d’un Séguéla. Le cheikh Khaled Bentounès devrait le savoir. Le reste, l’avenir le dira.

Par : ZOUAOUI BENHAMADI (*)

*Journaliste. Il ne s’agit ici ni d’un compte-rendu ni d’une critique d’un livre par ailleurs intéressant, mais d’une forme de mise au point sur un épisode de l’histoire.
1. La Fraternité en héritage – histoire d’une confrérie soufie. Cheikh Khaled Bentounès avec Bruno Solt. 220 pages, éditions Albin Michel.
2. Page 79 et suivantes.
3. Cette rencontre a eu lieu en juillet 2005
4. Page 104 et suivantes.

dimanche 11 octobre 2009

La bataille de Tachibounte : Aghrib Azazga 8 octobre 1959

Tachibounte est un petit bois, à vrai dire un bosquet, qui surmonte une crête avec des falaises abruptes et des ravins sauvages. Elle est située non loin d’Aghrib et du gros village Taboudouchte. Elle est limitée au nord par le village d’Adrar et à l’est par le gros village d’Azrou. Le village d’Aït Bouali n’est pas loin non plus.

Nous sommes en pleine opération « Jumelles », et déjà les effets désastreux de la sédition des officiers libres se font sentir et remuent dangereusement les rangs de l’aln. une réunion regroupe des moudjahidine au village de Timerzouga, c’est une réunion informelle initiée par l’aspirant Si Abderrahmane Arrous, membre du conseil du commandement de la Région 3, Zone III. Il invite à cette réunion les chefs des secteurs et déjà deux d’entre eux sont présents. Il s’agit de Si Mouh Saïd Boudoukhane et de Si El Hanafi dit « Habachi ». L’autre chef de secteur, Si Ouakli Kesri, de Sidi Naâmane a été retardé. L’ordre du jour de cette réunion improvisée est communiqué aux participants, il s’agit de juger l’un des leurs, un aspirant de surcroît, pour fautes graves. En l’occurrence, il s’agit de Si Ouali, un ancien gendarme déserteur, originaire de la Petite Kabylie et dont le comportement a paru bizarre ces derniers temps jusqu’à offusquer certains de ses proches et cela n’a pas échappé à la vigilance de ses compagnons. Il est donc aux arrêts. Les moudjahidine réunis en conclave estiment qu’ils ne sont pas qualifiés pour juger un officier, et un aspirant ne peut pas juger un autre aspirant comme lui, il fallait donc se résoudre à réclamer l’avis des officiers supérieurs. Si El Hanafi, adjudant-chef du secteur à l’époque fut désigné pour prendre attache avec le haut commandement et l’instruire de cette affaire. Il était le seul homme à connaître l’endroit où il pourrait rencontrer le commandant Si Mohand Ouelhadj. L’endroit était revêtu du secret le plus absolu compte tenu de la conjoncture, et approcher le commandant n’était pas chose aisée à ce moment-là. Une section de moudjahidine l’accompagnera dans sa mission. En attendant, les moudjahidine observent de leur coin les mouvements des troupes ennemies stationnées à Aghrib et ses environs. Lorsque Si El Hanafi est de retour, il est surpris par la lumière du jour, il est dans l’obligation de faire halte et stationne du côté de Freha et dépêche deux estafettes pour porter le courrier.

Le commandant Si Mohand Ouelhadj a été contacté, et dans sa réponse, il explique que la situation qui prévaut donne légitimation aux moudjahidine de la Région 3 réunis à Timerzouga de constituer un tribunal et de juger l’officier indélicat. L’affaire est réglée rapidement. Le tribunal est constitué et rend son verdict. L’accusé est condamné et exécuté. L’imprimé « Arrêt de mort » est rempli. Il indique le président du tribunal, l’accusateur, le défenseur, les témoins et le greffier (le secrétaire de séance). Les djounoud s’apprêtaient à rejoindre la magnifique forêt de Tala Igouraouène, leur lieu de prédilection, pour trouver un refuge sûr pour séjourner dans la journée du lendemain. Mais l’aspirant Si Abderrahmane Arrous les dissuada. Ils demeureront donc sur place en se répartissant dans les chaumières des alentours. Les documents de la réunion sont portés dans une serviette et placés en lieu sûr à quelques encablures de là dans un abri au loin dans une localité en contrebas. Le lendemain, la cavalerie ennemie stationnée au poste militaire de Mira sort en opération et se dirige tout droit vers cette localité située en retrait des gros villages de la région et en zone découverte. Y a-t-il eu dénonciation ou bien est-ce une opération de routine ? L’ennemi arrive à localiser l’abri et les soldats tuent les deux secrétaires qui s’y étaient réfugiés et qui sont étrangers à la région. Encouragés, les soldats continuent à fouiller et à creuser et parviennent à découvrir la serviette et les documents qu’elle contenait. L’ennemi sait maintenant que les moudjahidine ne sont pas très loin et qu’ils sont assez nombreux. Il monte tout de suite une opération de ratissage et ses troupes stationnées dans les postes et camps militaires sont en état d’alerte. Les soldats du poste militaire d’Aghrib sortent du camp et trompent la vigilance des guetteurs aln en jouant de ruses. Ils font mine de se diriger vers le sud, alors qu’en fait, ils rebroussaient chemin par des voies détournées pour aller rejoindre leur objectif primordial, à savoir atteindre le chemin des crêtes au nord qui coupera la retraite aux djounoud qui voudront rejoindre Tala Igouraouène. Les moudjahidine seront donc pris au piège et n’auront d’autre alternative que de se réfugier dans la forêt de Tachibounte. Pendant ce temps, l’ennemi a achevé ses préparatifs, et très tôt le matin du 8 octobre 1959, le ratissage s’annonce par les bombardements d’artillerie lourde et par la ronde infernale des T6, des Moranes jaune et noir ! Les hélicoptères de type Sykorsky et Banane ne sont pas en reste ; ils interviennent dans le transport des troupes pour les déposer sur les crêtes des montagnes environnantes. Les djounoud maintenant se sont retranchés au milieu de la forêt et chacun d’eux a choisi son abri personnel pour combattre. Dans leur majorité, ils sont armés de fusils de guerre de type américain Garrant ou français Mas 49 et des pistolets mitrailleurs Mat 49 mieux appropriés pour les combats de proximité et surtout en forêt. Ils constituent au total une section de 27 combattants auxquels s’ajouteront quelques détachés.

Les premiers coups de feu ne vont pas tarder à retentir dès que les premiers éléments de la troupe française pénètrent dans la forêt et se rapprochent dangereusement à la portée des fusils meurtriers des moudjahidine. La bataille qui débute enregistrera l’anéantissement total de cette section ennemie qui s’est hasardée trop confiante au cœur de la forêt. Comme toujours et en pareilles circonstances, l’ennemi retire ses fantassins et confie à l’aviation et à l’artillerie le soin de continuer le combat. Il durera toute la journée et une partie de la nuit avec l’utilisation des fusées éclairantes. Devant la résistance acharnée des djounoud et de leur obstination à combattre jusqu’à épuisement des munitions disponibles et devant leur endurance, l’état-major opérationnel ennemi a eu recours aux renforts qui augmenteront considérablement le nombre des assaillants. Le combat s’achèvera le lendemain 9 octobre au matin. Les pertes sont lourdes de chaque côté, mais elles ne furent pas évaluées du côté français parce que les corps ont été ramassés et transportés jusque dans les postes militaires. Par contre, les pertes des moudjahidine sont considérables : toute la section a été neutralisée avec 22 chouhada et 5 blessés faits prisonniers. Dans sa vindicte, l’armée française, qui pleure ses soldats morts au début de la bataille, utilise des villageois comme bouclier pour pénétrer dans la forêt et pour participer au ramassage des corps des soldats tués. Ils seront abattus à leur tour pour empêcher la divulgation du nombre des pertes françaises, il y aura donc au total 29 chouhada. La zone de Tachibounte sera déclarée zone interdite et les villages environnants seront évacués. La population sera regroupée dans des centres créés à Tala Tegana et à Timerzouga. Un poste permanent est installé au village Adrar pour la surveillance continuelle de cette zone interdite.

Voici les noms des chouhada de cette bataille mémorable : Boudjemaâ d’Aït Bata (Abizar), Abderrahmane Arrous (Larbaâ Nath Irathen), Si Saïd Bounamane (Assif El Hammam), Ghezzaz Amar dit le Chinois (Mizrana), Oumetchi Ahmed (Tifra), Tissegouine M’hand (Ibdache), Amkrouche Ali (Ibdache), Tizrairat Saïd (Tifra), Aït Abba Rabah (Ighil M’henni), Ouagouag Belaïd (Adrar), Lounis Saïd (Tala Tegana), Iguer Ramdane (Tala Tegana), Agouni Nessouk Boudjemaâ (Azerou), Djoughali Arezki (Tala Tegana), Saber Pacha Mokrane, Djoughali Mouloud (Tala Tegana), Mouh Nali Oumeziane, Saïd Ourezki, Amar Tessanate, Aït Amar Hidouche, Oubatite Saïd, Si M’hand Nath Aïssi, Si Ali Ouahmed, Djoughali Amar (Tala Tegana), Si Ouali Ihnouchène, Rabah Oumetchi. Les 5 blessés faits prisonniers sont : Ouguenoune Saïd dit Saïd Boudhrar, Si Mouh Saïd N’tboudoucht, Boudouhane, Tighedine Arezki dit Arezki N’taouinte, Ibouchoukane Tahar du village Adrar, Abdellaoui Hadh Ahmed du village Ibeskrine.

Par Salah Mekacher

samedi 26 septembre 2009

{« Au carrefour des réseaux protéiques complexes »}

Yacine Bounab, jeune neurobiologiste algérien, travaille dans l’un des centres de recherche de référence en biologie des systèmes, le centre Max Delbrück à Berlin (Allemagne). Sous la houlette du professeur Erich Wanker, Bounab et ses collaborateurs ont développé une stratégie bio-informatique pour créer une première « cartographie » de toutes les protéines responsables d’une dégénérescence neuronale. Ses travaux de thèse de doctorat paraîtront prochainement dans la prestigieuse revue britannique Nature.

- Dans quel cadre s’inscrit votre de travail de recherche à l’ère de la post-génomique ?

Historiquement, la génétique a vécu trois périodes distinctes mais néanmoins complémentaires. La première a vu l’élucidation et l’attestation de la molécule d’ADN comme vecteur de l’information génétique (excepté certains virus qui sont à ARN). La deuxième a permis de décoder les mécanismes moléculaires de l’expression et de la régulation de l’information génétique à l’échelle d’un seul gène. La troisième, dans le sillage du génie humain et génétique, a connu l’explosion des déchiffrements des génomes entiers des espèces, dont celui de notre propre espèce durant la dernière décennie. Donc, on est passé du dogme central un gène/une protéine/une fonction à une échelle beaucoup plus complexe d’interactions protéines-protéines qui reflètent la réalité des cellules. C’est la biologie des systèmes, l’autre grand challenge de la recherche biologique, qui met à contribution plusieurs disciplines. La cellule est comme une société : l’individu vit dans un espace où il y a d’autres individus avec qui il interagit positivement et/ou négativement, lie des affinités et subit même des répulsions. La protéine dans une cellule agit de la même sorte : elle interagit avec certaines protéines spécifiques qui lui sont nécessaires pour exercer une fonction sous forme d’un complexe, voire des réseaux beaucoup plus intriqués. L’altération d’une protéine donnée rompt cette organisation et chamboule le bon exercice domestique cellulaire, d’où l’émergence de pathologies. Dans notre modèle d’étude, la protéine Htt (voir encadré) mutée se trouve au cœur d’une dérégulation de son réseau d’interactions : formation d’agrégats toxiques dans les neurones du stratium, suppression de l’expression de 7 protéines et augmentation de présence de 7 autres protéines. Plus important : notre approche multiprotéiques d’établissement du réseau altéré dans la chorée d’Huntington (dégénérescence neuronale affectant les fonctions motrices et cognitives aboutissant à une démence) nous a permis de révéler des modulateurs de la maladie jusque-là indétectables par les approches conventionnelles monoprotéiques. Les partenaires de Htt sont au nombre de 38 protéines responsables de 44 interactions dans la région cérébrale spécifique, le stratium, qui est la plus touchée par la mort des neurones dans cette pathologie héréditaire. Donc, plutôt la dérégulation du réseau protéique que la mutation de Htt à elle seule semble être responsable de la dégénérescence neuronale. Nous avons développé une stratégie bioinformatique pour créer, expériences sur le modèle animal fétiche des généticiens de la maladie à l’appui (Drosophilamelanogaster), une première « cartographie » de toutes les protéines qui interagissent, directement ou indirectement, avec Htt. Par exemple, la protéine CRMP1 que j’ai découverte s’avère être grandement réduite dans la dégénérescence d’Huntington. D’ailleurs, chez la drosophile, j’ai corroboré le rôle capital de CRMP1 en l’injectant sur cette mouche de fruit qui a pu inhiber la mort cellulaire programmée en présence de la protéine Htt mutée.

- Les applications de votre découverte…

Le but de la post-génomique moderne est d’analyser puis de cataloguer systématiquement toutes les molécules (protéines, ADN, ARN, et petites molécules) ainsi que leurs interactions dans une cellule vivante. Il est primordial de comprendre comment un ensemble de molécules en interaction les unes avec les autres détermine une fonction biologique. La mise au point de techniques de génération de données à haut débit (génomiques, transcriptomiques, protéomiques, métabolomiques, etc.) ainsi que la bioinformatique ont permis l’émergence de cette nouvelle approche interdisciplinaire de la biologie moléculaire. Maintenant, il est clair que les dividendes seront récoltés par l’industrie pharmaceutique pour atténuer, voire guérir, les affections neurodégénératives, surtout dans la mesure où la complexité du cerveau avec ces 100 trillions de synapses nécessite des outils d’exploration qu’on est en train d’affiner.

- Vos perspectives d’avenir ?

Dans le cadre de mon stage post-doc (chargé de recherche), intégrer en septembre le département d’immunologie de l’Institut Pasteur de Paris pour appliquer notre modèle d’interactions protéines-protéines de la chorée de Huntington sur deux volets : l’inflammation et l’allergie. L’inflammation se manifeste chez les personnes atteintes des maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer et Huntington), ainsi que de cancer. Aujourd’hui, l`espérance de vie a considérablement augmenté, conduisant à une augmentation du nombre de cas de maladies neurodégénératives. En outre, les changements climatiques, la pollution de l’environnement ainsi que l’alimentation de plus en plus industrialisée font que les allergies vont aller crescendo à l’avenir. Donc, l’analyse des réseaux protéomiques, ainsi que sa dynamique spatiotemporelle, impliqués dans les processus d’inflammation et d’allergie seraient un atout majeur pour comprendre puis contrer plus ou moins ces maladies émergentes. Le mastocyte (cellule du système immunitaire impliquée dans l’inflammation et l’allergie) se verra donc appliquer notre stratégie de cartographie des complexes et réseaux d’interactions protéiques. Donc, je suis au carrefour des maladies émergentes, pour caractériser les voies de signalisation intracellulaire.

- Comptez-vous apporter votre plus à l’Algérie ?

Bien sûr, autant que possible. Mais revenir en Algérie dans l’immédiat est, pour moi, surréaliste. Existe-t-il des moyens adéquats pour mener à bien la recherche ? J’en doute. J’ai été étudiant en Algérie (Tizi Ouzou et USTHB) pendant quatre ans. D’après ce que j’entends, rien de concret n’a été fait dans ce sens, dans la mesure où la théorie prime là-bas sur la pratique ! La recherche tarde à être valorisée dans notre pays pour le malheur de nos jeunes chercheurs, et au grand bonheur des pays étrangers qui nous harponnent ! Toutefois, je salue la bravoure de mes compatriotes algériens qui travaillent avec les moyens du bord.

Par Belkacem Meghzouchène

jeudi 24 septembre 2009

Quelle formation pédagogique du pharmacien en Algérie ?

Fascinées par le modèle de formation occidentale, nos facultés n’ont pas toujours su repenser leur programme et leur finalité. La vieille Europe qui se cherche encore dans ce domaine, nous a, d’une certaine manière, empêché de donner naissance à un enseignement pharmaceutique intégré à notre milieu.

Mais tous les universitaires algériens ne sont pas résignés. Bien au contraire, ils sont en train de réfléchir sur la réforme des programmes. Ils cherchent à établir une adéquation entre les besoins réels de notre pays avec le profil du pharmacien. En effet, le jeune pharmacien qui achève ses études se trouve confronté à des problèmes concrets auxquels il n’a jamais été préparé : problèmes de gestion, problèmes psychologiques, spécifiques à notre population, problèmes d’insertion dans l’équipe médicale à l’hôpital, problèmes liés à l’exercice de la profession dans des milieux déshérités, etc. Il s’agit donc d’avoir l’audace d’entreprendre, dans une première étape, une vaste campagne de consultation qui donnerait voix au chapitre à tous ceux qui peuvent formuler des idées nouvelles, capables de rapprocher davantage le pharmacien des réalités de son environnement algérien.
- Faut-il continuer à enseigner un programme appris dans les facultés européennes qui ne correspond en aucun cas à notre pathologie ?
- Faut-il dispenser des cours magistraux alors que dans certains pays des ateliers de recherche et de réflexion ont pris le pas sur les « amphis » du début du siècle ?
- Faut-il délivrer un diplôme unique de pharmacien pour des étudiants qui n’ont pas suivi le même cursus en Algérie ?
- Faut-il laisser en suspens et à titre d’exemple des travaux de thèses finalisées, soutenables et validées ? Si la formation continue devient une nécessité absolue pour toute personne assumant une responsabilité au sein de la santé publique, en particulier la formation des cadres au niveau de l’université, elle doit elle-même évoluer afin de s’adapter aux besoins de la société. En ce qui concerne l’Algérie, je peux dire que les professions pharmaceutiques ont pleinement joué leur rôle au service de la santé et de l’économie. Elles ont suivi le rythme du développement rapide qu’a connu le pays depuis l’indépendance. Pour situer le problème de la formation du pharmacien dans ce contexte, permettez-moi de donner un aperçu de la situation de la pharmacie et des pharmaciens en Algérie. Actuellement, plus d’un millier de pharmaciens exercent en Algérie. Leur répartition par secteur d’activité est la suivante :

- pharmaciens d’« officines » ;
- pharmaciens grossistes, répartiteurs ;
- pharmaciens biologistes privés ;
- pharmaciens assurant la représentation scientifique des laboratoires ;
- pharmaciens exerçant une activité technico-administrative ;
- pharmaciens des hôpitaux ;
- pharmaciens biologistes, hospitaliers ;
- pharmaciens résidents en biologie clinique et sciences fondamentales ;
- pharmaciens exerçant des fonctions diverses dans le secteur public ou semi étatique ;
- cadres des départements de pharmacie. Des textes législatifs font de la profession l’une des plus réglementées en Algérie. Ainsi, chaque confrère exerce dans un cadre juridique bien défini. La formation des pharmaciens exerçant en Algérie a été assurée traditionnellement et pour des raisons historiques à la faculté mixte de médecine et de pharmacie d’Alger-centre. Cependant, après l’indépendance, cette formation s’est quelque peu diversifiée. Des pharmaciens, quoiqu’en petit nombre, ont été formés dans les autres pays francophones, essentiellement en Belgique et plus rarement en Suisse. Il faudrait ajouter qu’un certain nombre de pharmaciens ont été formés en Algérie et quelques rares autres dans les pays du Moyen-Orient, notamment en Egypte, Syrie et Irak. L’enseignement de la pharmacie en Algérie, plus précisément à la faculté d’Alger, a débuté 15 ans avant la faculté de pharmacie de Paris. Cette faculté a déjà sorti 4 promotions, totalisant un nombre limité de pharmaciens algériens. L’enseignement prodigué est fortement inspiré des programmes des facultés françaises. La question qui se pose à nous et qui est à l’ordre du jour dans notre pays est la suivante :
- la formation de nos pharmaciens répond-elle à nos besoins, tant sur le plan qualifatif que quantitatif ?
- Dans quel sens cette formation doit-elle évoluer pour permettre aux professions pharmaceutiques de jouer pleinement leur rôle au service de la société algérienne ?

Les probèmes

On peut dire, sans risque de nous tromper, que le pharmacien sortant de la faculté trouve des difficultés énormes pour assumer ses responsabilités, quel que soit le domaine d’activité qu’il a choisi pour faire sa carrière. Ce qui montre qu’actuellement les études en pharmacie n’ont pas pour finalité de donner aux étudiants un métier, mais plutôt une formation de base qui est supposée suffisante pour permettre au futur diplômé d’exercer son art dans les différents domaines où il est réputé apte à exercer. Cette situation est le résultat du fait que, formés à l’étranger ou dans notre pays selon un modèle étranger, nos jeunes confrères acquièrent une formation qui, le moins que l’on puisse dire, ne répond pas à nos besoins. J’irai même jusqu’à dire qu’elle ne répond plus aux besoins du pays que nous avons pris pour modèle, car ce pays est en train d’étudier la réforme de ses propres études en pharmacie. Historiquement, les pharmaciens de l’ancienne génération ont été formés en France selon un modèle qui a été, depuis, modifié voilà une trentaine d’années. Le cursus des études en pharmacie commençait par une année de stage obligatoire dans une officine, sous la responsabilité d’un maître de stage. La dernière année d’études devait permettre à la faculté de juger à travers les examens définitifs de l’aptitude de l’étudiant de 5e année, à exercer sa profession de pharmacien et ce, en s’assurant de ses niveaux de connaissances, tant sur le plan théorique que pratique. Le développement extraordinaire des connaissances scientifiques et la nécessité d’inclure dans les programmes d’enseignement, d’une manière continue, les nouvelles acquisitions scientifiques et techniques, faisaient obligation, comme c’est le cas de nos jours, aux autorités administratives et universitaires de mettre au point des réformes touchant aux études en pharmacie. Il est bien clair que la réforme qui a été adoptée en France a sacrifié le côté « formation professionnelle du pharmacien », au profit de sa formation scientifique, car elle avait pour objectif de préparer les futurs diplômés à une carrière de spécialiste qui, en fait, n’était l’apanage que d’un nombre relativement restreint de diplômés. La majorité de nos jeunes confrères, surtout dans notre pays, se destinait à exercer dans l’officine qui se trouve être la première priorité pouvant répondre aux besoins de notre population. Il est, en effet, indéniable que dans les 20 premières années d’indépendance, c’est l’activité de pharmacien d’officine qui a absorbé l’écrasante majorité des pharmaciens.

Les diffcultés

Je citerai quelques exemples pour illustrer les difficultés qui existent actuellement pour les jeunes confrères pour affronter leur métier.

Un diplôme unique

- Dans le cas de l’officine

Le jeune diplômé n’est pas suffisamment formé pour affronter les difficultés d’installation, car il ignore tout des problèmes financiers et de gestion qu’il est obligé de résoudre pour pouvoir s’installer. Il se trouve complètement désorienté par des informations souvent contradictoires qu’il recueille auprès de différentes personnes : confrères aînés, banques, grossistes, administration... De plus, ignorant en général les notions inhérentes à la gestion des stocks de médicaments, il se trouve contraint de chercher un collaborateur qualifié pour l’aider dans cette tâche, ce qui est de nature à lui créer des difficultés, du reste légitimes, avec un confrère aîné qui voit d’un mauvais œil qu’un jeune pharmacien vienne lui débaucher son personnel, en infraction aux règles de déontologie pharmaceutique. Le problème le plus grave résulte incontestablement du fait que les facultés délivrent un diplôme unique pour des étudiants qui n’ont pas suivi le même cursus d’études. En effet, si l’on considère le cas d’un étudiant qui a choisi de suivre l’option biologie clinique, il suit en 5 années des cours et des stages qui l’éloignent complètement de ses camarades qui ont opté pour la filière « Officine ». La réglementation en vigueur fait que les diplômés, quelle que soit leur « pré-spécialité » ont les mêmes droits et, en particulier, celui d’exercer en officine. Or, pour celui qui a choisi la filière biologie clinique, sa formation le rend inapte à exercer en officine. Nous touchons là au problème de l’unicité du diplôme. Peut-on dire que trois pharmaciens formés chacun dans l’une des trois filières : Officine, Biologie et Industrie, ont une formation les habilitant à exercer à leur sortie de la faculté dans l’une des trois branches d’activité mentionnées ? Il est évident que la réponse est non. L’unicité du diplôme devra en réalité correspondre à une unicité de formation. Le deuxième exemple que je citerai est celui des jeunes confrères qui s’orientent vers la carrière de la pharmacie hospitalière que nous devons, pour beaucoup de raisons, développer en Algérie pour la rendre de plus en plus attrayante pour les jeunes diplômés. Malheureusement, le pharmacien diplômé, sortant de la faculté, se trouve complètement désorienté lorsqu’il est affecté dans un poste hospitalier. Il se trouve à l’hôpital comme « un corps étranger ». Ce problème n’existe pas pour les jeunes médecins qui ont été placés en stage en milieu hospitalier à partir de la fin de l’externat. Si on examine la situation des confrères étrangers qui ont suivi les mêmes études, on s’aperçoit qu’ils ont l’obligation, pour suivre la carrière hospitalière, de passer par l’internat, ce qui leur permet d’apprendre leur métier à l’hôpital. Par ailleurs, les facultés de pharmacie en France ont déjà corrigé cette insuffisance de la formation en instituant, depuis quelques années, un stage hospitalier obligatoire pour tous les étudiants en pharmacie, a partir des premières années de formation. Enfin, pour ce qui est de l’ouverture de l’enseignement pharmaceutique sur l’industrie, il faut aussi constater que la réforme n’a pas donné les résultats escomptés et ce, pour deux raisons essentielles qui sont inhérentes à l’industrie. En effet, les sociétés qui fabriquent des médicaments répugnent, en général, à recevoir des stagiaires ou, si elle les reçoivent, les cantonnent dans des activités de recherche qui leur sont en « général inutiles » sauf s’ils ont la chance d’être recrutés par ces mêmes entreprises. Par ailleurs, on peut constater, malheureusement, que pour les tâches de production et de contrôle, les industriels du médicament préfèrent recruter des ingénieurs qui sont mieux préparés que les pharmaciens pour les tâches de production ou les scientifiques qui sont plus spécialisés que ne le sont les pharmaciens dans l’utilisation pour le contrôle de médicaments de techniques et d’appareillages de plus en plus sophistiqués. Après cette étude critique sommaire de la situation, il s’agit pour nous d’étudier les voies et moyens nous permettant de proposer une réforme des études en vue d’améliorer la formation des pharmaciens dans notre pays.

La réforme

Pour arriver à de bons résultats, il serait nécessaire de discuter et de répondre à un certain nombre de questions qui sont de nature à permettre à tous les pharmaciens d’accomplir au mieux leur mission, quel que soit le domaine d’activité qu’ils auraient choisi pour assurer leur carrière.

1) Comment arriver à réaliser une bonne formation du pharmacien d’officine dont le rôle essentiel est d’assurer le contrôle des prescriptions et la délivrance des médicaments ?

2) Comment concilier entre la dispense d’une formation pluridisciplinaire théorique dans les domaines de la synthèse, de l’extraction des molécules actives, de la mise en forme pharmaceutique et un contrôle des effets des médicaments et de placer, en même temps, l’étudiant en position d’appliquer son savoir théorique et d’évaluer ses compétences face à un homme malade recevant des médicaments ?

3) Comment concilier cette formation théorique et intégrer l’étudiant en pharmacie dans une équipe hospitalière pour acquérir le savoir-faire et un certain comportement, voire une conduite à tenir vis-à-vis du malade ? Ne faudrait-il pas penser à une formation cohérente et suivie pour les pharmaciens des hôpitaux ?

4) Comment concilier la formation théorique et pratique du pharmacien pour être en mesure de revendiquer une place de choix dans notre jeune industrie pharmaceutique qui a besoin de se développer et de s’affirmer, tant sur le plan national que sur le plan international ? Beaucoup d’autres questions touchent aux autres aspects des activités du pharmacien dans notre société en évolution constante. Je citerai en particulier le cas de la biologie clinique, celui de la bromatologie et de la cosmétique et de la chimie thérapeutique, sans oublier que cette dernière activité est en pleine expansion. A mon sens, il s’agit, pour nous, de proposer une solution qui nécessite obligatoirement un choix entre deux conceptions. Je me refuse, évidemment, à envisager une certaine conception qui consisterait à dire que la faculté dispense un enseignement qu’elle juge nécessaire pour la formation du pharmacien, sans se soucier de l’avenir du jeune diplômé et de son insertion dans la société qui a fait des sacrifices pour assurer sa formation et qui est en droit d’exiger de lui de se mettre à son service. Donc, les facultés de médecine devront, a priori, assurer la formation de cadres pharmaceutiques pour répondre aux besoins actuels de notre pays.

Quelle orientation ?

Quelles sont les orientations qu’elles doivent donner à leur enseignement pour accomplir cette mission ? Il est nécessaire de rappeler un certain nombre de constatations. Tout d’abord, la tendance de l’écrasante majorité de nos jeunes diplômés à solliciter un emploi au terme de leurs études universitaires, qui durent en général 5 ans après le baccalauréat. Les raisons de cet état de fait sont multiples, tout à fait défendables et il serait trop long de les expliquer... La deuxième constation que l’on peut faire, c’est la tendance à acquérir, durant les études universitaires, une formation de plus en plus spécialisée. En d’autres termes, la tendance à ce que, au terme de 5 ans d’études à l’université, l’étudiant acquiert un diplôme qui le rend apte à exercer immédiatement un métier dès sa sortie de la faculté. Ceci étant, quelle serait la solution à retenir pour la formation de nos pharmaciens ? Le débat, en fait, tourne autour de la finalité de l’enseignement pharmaceutique. Il faudrait donc répondre à la question suivante : les facultés de médecine doivent-elles continuer à assurer un enseignement théorique pluridisciplinaire et corriger les insuffisances dont j’ai cité quelques exemples, ou bien modifier leur vocation dans le sens de la formation de pharmaciens ayant déjà acquis une spécialisation durant le cursus normal des études ?

La première solution exigera, pour être réalisée, deux conditions :

1) l’allongement de la durée des études d’au moins une année.

2) La création d’enseignements spécialisés. Ce qui suppose que le pharmacien spécialiste aura à faire des études durant une dizaine d’années après le baccalauréat. La deuxième solution entraînera obligatoirement l’abandon de la notion d’unicité de diplôme mais aura l’avantage de permettre une formation permettant au futur diplômé d’être en mesure d’exercer convenablement une responsabilité dans un domaine pour lequel il a été bien formé. Dans cette hypothèse, on s’habituera à une nouvelle terminologie pour désigner les membres de notre corporation et on parlera de pharmacien d’officine, pharmacien d’industrie, pharmacien analyste, pharmacien clinicien... Cette deuxième solution suppose un plan national de formation des pharmaciens et une orientation des étudiants dans les différentes filières de formation, en fonction des besoins du pays et une souplesse dans la conception des programmes, en vue de créer autant de filières spécialisées que l’exige le développement de nos activités professionnelles. Il est évident que pour chaque type de diplôme, il est nécessaire d’obtenir obligatoirement certaines unités de valeur, avec possibilité d’avoir des options, au choix de l’étudiant. Ainsi, pour un futur pharmacien d’officine, en plus des unités de valeur de pharmacie et de pharmacodynamie, on peut choisir une unité de valeur de gestion, d’économie de santé ou de droit pharmaceutique. Ces mêmes unités de valeur seraient nécessaires pour un futur pharmacien d’industrie. Ce type d’enseignement a ainsi l’avantage de permettre des passerelles et un étudiant ayant au départ choisi une filière et qui voudrait changer d’orientation n’a qu’à s’inscrire dans les unités de valeur qui lui sont nécessaires pour obtenir son diplôme dans la nouvelle orientation. Pour conclure, je dirai qu’il ne peut exister une solution parfaite, c’est-à-dire une solution susceptible de recueillir l’accord de tout le monde : université, corps professionnel, administration. Il est nécessaire de fixer, dès le départ, la finalité de l’enseignement de la pharmacie dans notre pays, en rapport avec son évolution, ses besoins et ses moyens. Il sera alors possible de discuter de toutes les solutions possibles, d’évaluer les avantages et les inconvénients de chacune d’entre elles pour en adopter une seule, sachant que dans un monde en évolution constante, cette solution sera plus ou moins vite dépassée et à son tour discutée et remise en cause pour être adaptée à cette évolution. Et enfin, les problèmes de contenu des programmes, problèmes de méthodologie et bien d’autres méritent une large participation de tous les confrères. Méditons ensemble cette affirmation d’Einstein : « L’imagination est plus importante que la connaissance ».

Par Yahia Dellaoui

mardi 22 septembre 2009

La bonne gouvernance dans le sport

Les travaux de recherche déjà réalisés et présentés par les différents groupes de travail qui se sont succédé dans les différentes occasions sont de haute facture et méritent amplement à ce que l’on s’y attarde, car ce thème est réellement névralgique pour le développement du sport.

Il est plus qu’évident que la problématique de la bonne gouvernance a été cernée avec le plus grand soin et permettra aux dirigeants et techniciens du sport d’adopter des schémas directeurs, névralgiques pour le bon fonctionnement des associations sportives. La réflexion engagée aujourd’hui aura pour objectif, à notre humble avis, de dresser un état des lieux en élaborant une stratégie permettant au mouvement olympique et sportif de codifier la bonne gouvernance et de cerner, dans le même temps, les instruments de management indispensables à sa gestion. Devenue phénomène de société, la pratique sportive s’est considérablement développée au cours de ces dernières années. Parallèlement, le rôle du mouvement olympique et sportif a connu des évolutions importantes qui le placent au rang des industries du millénaires. Il s’agit de rester vigilants et de veiller à ce que ce mouvement demeure en accord avec les fondements d’éducation et d’excellence, dans l’effort et la persévérance, même s’il est accompagné de plus en plus d’effets lucratifs et médiatiques.

Une autre préoccupation concerne les principaux enjeux auxquels le mouvement olympique et sportif sera confronté, dans les années à venir, pour mieux l’outiller et le préparer à y faire face. Les orientations et les innovations qui ont été proposées et qui devront être finalisées, doivent s’inscrire dans une logique d’attribution au mouvement olympique et sportif de la qualité de « mouvement représentatif majeur de la société ». Le mouvement olympique et sportif doit réaffirmer son attachement permanent à la pratique du sport de masse et de l’élite ainsi qu’à son unicité, au-delà des différences qui le composent. La solidarité et la richesse humaines dans la diversité garantissent l’avenir et préservent les valeurs indispensables de courage, de respect, de l’authenticité et de la recherche de l’excellence. Il est toujours utile de rappeler que le sport est un nouveau droit de l’homme, qu’il contribue à son développement et à son émancipation. Il constitue un élément fondamental pour l’édification d’une société moderne, généreuse, vivant en paix et en parfaite communion entre ses membres. Le sport s’édifie indéniablement sur la volonté humaine.

Souvenons-nous aussi de la devise du CIO qui dit que « Le meilleur est en nous » et projetons-nous vers cette réflexion pour impulser au mouvement olympique et sportif une autre dynamique et créer les conditions favorables de sa conduite. Dans cet ordre d’idées, nous apprécierons les aspects liés à la dimension économique, à l’éthique et à la morale sportives ainsi qu’aux avantages de la bonne gouvernance dans le domaine du sport et qui sont fidèlement relatés dans l’exposé qui nous a été transmis. Nous tâcherons de définir des modèles appropriés en matière de management du sport et de définir ses outils de gestion de façon à limiter les coûts et à optimiser l’utilisation des ressources humaines et financières.

Concernant le volet qui porte sur les questions des limitations de mandats, ceci nous amène, inéluctablement, à nous élever contre cette alternative qui suppose que l’on cherche à créer, au sein des associations sportives dans une partie du monde, une limitation des libertés individuelles et collectives. En effet, limiter le mandat de l’élu peut être contreproductif, en ce sens qu’un élu dont on décide, pour le principe, de la durée et de l’action, ne pourra la mener à son terme, surtout dans les pays où le développement et la promotion de politiques sportives relèveraient, au vu de l’immensité de la tâche et de la faiblesse des moyens, du long terme. Limiter le mandat de l’élu est également injuste, dès lors que la limitation ne concernerait que le secteur des sports alors que les autres associations ne sont pas soumises à une telle règle. D’ailleurs, les lois, en général, ne limitent pas le nombre de mandats des élus aux assemblées parlementaires et aux mairies dans le monde. On serait alors en droit de poser la question légitime qui ferait du domaine olympique et sportif un cas particulier de limitation des libertés individuelles et collectives.

C’est là, assurément, une vision qui heurterait les principes constitutionnels de tous les pays du monde et qui, de notre propre avis, ne favoriserait pas la continuité dans l’action en faveur des collectifs et des électeurs. Il suffit, pour étayer notre propos, de relater les splendides expériences de leurs Excellences MM. Jacques Rogge, Juan Antonio Samaranch, Mario Vaquez Rana et tant d’autres responsables. L’œuvre incommensurable qu’ils ont accomplie et qu’il leur reste à perpétuer nous incite à la suppression de la limitation des mandats, surtout pour les très honorables fonctions de président du CIO, de président de l’ACNO et des présidents des Fédérations internationales qui, sans nul doute, ne pourront, par cette disposition, mener à terme les travaux colossaux et les défis qui les attendent. Il y a lieu, en effet, de souligner que toute durée restrictive de mandats ne permet même pas l’exécution de perspectives à moyen terme. Pour la majorité des associations sportives dans le monde, un mandat ne suffit qu’à définir des plans d’action rationnels et efficients, mais point à les mettre à exécution.

L’alternance doit tout de même être envisagée car le renouvellemept des élus garantit l’émergence de nouvelles idées. EIle doit cependant être partielle et surtout ne pas empiéter sur l’esprit démocratique qui doit absolument être préservé dans les associations, car l’on doit également s’atteler à perpétuer une continuité et une stabilité dans la planification et la réalisation des actions projetées. La définition de la bonne gouvernance, avancée aujourd’hui par des spécialistes, décrit celle-ci comme un mode de fonctionnement fondé sur des principes dont l’application aide à éviter les dérapages et protège contre la centralisation et la concentration du pouvoir entre les mains de personnes ou groupes attirés par des intérêts privés au détriment de l’intérêt général. Ces principes, définis comme les plus consensuels, sont la transparence, la participation, la responsabilisation et l’imputation de dépenses conforme à la réglementation. L’objectif de la bonne gouvernance appliquée au sport est censé être identique pour toute organisation, y compris l’association sportive. L’efficacité dans la réalisation des objectifs et l’efficience dans l’usage des ressources disponibles impliquent l’organisation, l’optimisation dans la gestion des ressources et la rigueur dans l’application des règles. Lorsqu’il s’agit de gérer les affaires d’une association sportive, les dimensions organisationnelle, managériale, éthique et technique ne suffisent pas à elles seules pour la réalisation des objectifs. Il faudra leur ajouter les dimensions humaine et sociale.

Cet enseignement est tiré de l’analyse de nos expériences accumulées au sein du mouvement olympique et sportif. L’analyse des expériences individuelles peut paraître subjective, mais les problèmes occasionnés par l’incohérence et les négligences appuient l’aspect objectif de l’analyse et édifient sur la marche à suivre en matière de gestion, d’organisation et de fonctionnement des associations sportives. La bonne gouvernance constitue le principal vecteur pour assurer un fonctionnement optimal et une évolution positive permettant aux personnes habilitées de disposer d’outils et de mécanismes facilitant la transparence, la cohérence et l’esprit d’initiative.

Notre contribution aux travaux de ce congrès concernera aussi l’éthique et la morale sportives dans la bonne gouvernance. Ceci nous ramène aux préceptes de valeur et de dimension humaine faisant du sport une priorité sociale et éducative qui favorise l’émergence d’une nouvelle élite et d’une synergie de développement axée sur l’effort et l’excellence dans la performance. Le mouvement olympique et sportif joue un rôle prépondérant pour l’équilibre et la stabilité sociale. Sa composante humaine regroupe des hommes et des femmes de différentes couches sociales et de différents horizons qui mettent tout leur savoir-faire au service exclusif de l’intérêt général et surtout des plus jeunes. En conclusion, ils sont animés par la volonté de développer à la fois la promotion du sport, la lutte implacable contre toutes les dérives de quelque ordre que ce soit qui menacent notre jeunesse, la promotion de l’éthique, de la morale sportives et du fair-play, la propagation de l’éducation et des idéaux olympiques, la lutte contre toute forme de violence, de racisme, d’antisémitisme et de discrimination. Notre participation inclura aussi les avantages de la bonne gouvernance sous différents aspects.

- Au plan de la cohésion sociale : ces avantages sont très prononcés, car le sport renforce considérablement la cohésion sociale puisque les pratiquants sont appelés à intensifier les échanges entre eux. Ceci améliore leur capacité à entretenir des relations interpersonnelles, en jetant les bases de relations de confiance et en développant l’esprit d’équipe. Le sport agit en favorisant le regroupement de personnes qui constituent des réseaux sociaux bien définis et qui encouragent l’ouverture vers les autres. Le sport donne aux sportifs de tous les âges des occasions de participer activement à la collectivité, d’apprendre la responsabilité et le respect des autres.
- Au plan socioéconomique : les dépenses des ménages, au profit du sport, ont un impact important pour l’économie d’un pays. En effet, on considère que, dans les pays développés, les dépenses liées au sport atteignent 1,5 à 3% du Produit intérieur brut (par exemple, au Canada, 1,2% du PIB qui s’élevait en 1984 à 1,3 billion de USD). Les dépenses au chapitre du sport augmentent chaque année de manière significative et font dire à certains économistes de renom que le « sport est l’industrie du millénaire ».

Ceux qui dépensent le plus participent aux sports de différentes façons. Ce sont, notamment, les bénévoles et les amoureux du sport qui lui consacrent la majorité de la part de dépenses. Ils participent, en effet, à différents titres (participants actifs, spectateurs et bénévoles) par des achats importants, comparés aux autres besoins de même nature, en variétés et en produits. Aux Etats-Unis d’Amérique, on considère que les ménages dépensent environ 3% de leurs revenus supplémentaires pour le sport (activités, services et achats) et que ces dépenses sont optimales pour les couples avec deux enfants, même si elles accusent une tendance à la baisse due certainement à l’augmentation des dépenses essentielles. Les ménages ont consacré globalement 15,78 milliards de USD au sport, en 2004 au Canada, soit 1,2 % du PIB.
- Au plan des constantes d’une nation : la solidarité, l’amour de la patrie, l’attachement aux constantes de la nation et le civisme doivent constituer les armes essentielles de la lutte contre tous les fléaux. Ces valeurs représentent l’instrument principal de l’émancipation et du développement d’une société progressiste, moderne. Elles permettent également de dissiper toute interprétation tendancieuse du fonctionnement et de l’organisation des associations.

La confiance et la bonne conduite des affaires seront le résultat primordial obtenu par une bonne gouvernance. Il sera ainsi instauré une sérénité spontanée entre tous ses membres et un état d’esprit plus constructif. L’union des acteurs et partenaires sera le principal levier en position d’assurer le développement des activités et des actions. La détermination et les convictions en seront grandement renforcées.
- Au plan humain : la bonne gouvernance est, avant tout, soumise à certaines conditions permettant d’assurer des actions dont la réussite est basée sur les compétences des personnes qui en ont la charge, considérant celles-ci dotées des capacités intellectuelles et morales requises et d’un potentiel d’expériences approprié. Les élus doivent, à cet effet, être choisis par les membres électeurs de l’association en fonction de critères bien établis que l’on peut énumérer comme suit :
- • esprit de bénévolat et disponibilité ;
- • qualités morales et intellectuelles ;
- • compétences et expérience ;
- • sens de la responsabilité et esprit d’équipe ;
- • désintéressement par rapport au profit personnel ;
- • sens de la réussite.

Dans l’espoir d’avoir apporté une modeste contribution, je vous remercie de votre aimable attention.

L’auteur est 1erV/PT Acnoafricains, Ex-joueur de l’ENA de basket-baIl, diplômé de l’INC, Master en management international, agent général en assurances, député

Par Mustapha Berraf

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