Promotion

Publicité

AdSense

dimanche 25 octobre 2009

Salafisme et soufisme, l’éternel malentendu

Depuis un certain temps, tout particulièrement depuis l’avènement de la doctrine wahhabite qui se veut le chantre du salafisme pur et dur, nous assistons à un grand malentendu opposant le soufisme au salafisme. Ce malentendu prend parfois, hélas, la forme d’un conflit ouvert où l’anathème le dispute à l’excommunication (tekfîr).

Chacune des deux parties reproche à l’autre une série de griefs qu’elle juge incompatibles avec les principes authentiques de l’Islam. Les salafistes-wahhabites accusent les soufis d’être des innovateurs qui ajoutent à l’Islam des choses qui lui sont étrangères, comme le culte des saints, les séances de « dhikr » collectives, le tawassul (l’intercession des saints)… Les soufis reprochent de leur côté aux salafites-wahhabites leur attachement à l’aspect formaliste et littéraliste des textes de l’Islam et leur négligence de l’aspect spirituel et introspectif qui est le propre de toute religion, a fortiori l’Islam qui est la synthèse de toutes les religions révélées. Ils leur reprochent aussi leur propension à user de l’excommunication à tout bout de champ contre ceux qui ne partagent pas leurs thèses, quitte à ce qu’ils soient des musulmans.

En même temps, ils se défendent d’être des innovateurs et justifient les choses que leurs adversaires leur reprochent avec des versets du Coran et des hadiths du Prophète (qsssl).(1)L’histoire de l’Islam est jalonnée ainsi d’innombrables polémiques et controverses entre les partisans du soufisme et ceux du salafisme, chacun des deux partis défendant ses thèses à coups de versets coraniques et de hadiths prophétiques. Il en est ainsi de la célèbre controverse qui opposa le grand maître soufi d’Egypte Ibn ’Ata Allah Al-Iskandarî de la tarîqa chadiliyya, l’auteur des célèbres Hikam Al Atâïyya, au non moins illustre savant hanbalite Ibn Taymiyya sur ces points de divergence que nous venons de mentionner. Au cours de leur discussion, qui a eu lieu à la mosquée Al Azhar, nous disent les historiens, les deux savants parlèrent du tawassul (intercession) et de l’istighâta (demande d’aide) qu’Ibn Taymiyya refuse à tout autre que Dieu, car pouvant conduire à l’idolâtrie selon lui. Ibn ’Atâ Allah fit remarquer alors à Ibn Taymiyya que si l’on suit cette logique, il faudrait interdire aussi la vigne parce qu’elle permet de fabriquer du vin et castrer tous les hommes pour ne pas les exposer à la fornication.

Les deux hommes se mirent à rire de ces boutades, ajoutent les historiens, ce qui montre la grande tolérance et l’esprit d’ouverture qui caractérisaient ces grands savants. Parmi les discussions aimables entre les savants, citons celle qui eut lieu entre Ibn Arabî le grand soufi et Fakhr Eddine Al-Razî le célèbre théologien acharite et exégète du Coran et qu’Ibn Arabî rapporte dans ses Rasâïl. L’imam Taqî Eddine As-Subkî, le grand cadi de l’école chaféîte en Egypte, l’auteur des Tabaqât Achâfiiyya, qui était lui-même un soufi de la voie chadilite, eut aussi de nombreuses polémiques avec Ibn Taymiyya sur des questions de jurisprudence, notamment celle du soufisme. Plus près de nous, le cheikh Ahmed Al-Alawi de la tariqa alawiyya-darqawiyya a publié un livre au titre éloquent, Lettre ouverte à celui qui critique le soufisme(2), dans lequel il répond aux griefs que les adversaires du soufisme lui reprochent. Il y a lieu de signaler qu’avant l’apparition du wahhabisme en tant que doctrine prônant le retour aux sources de l’Islam des pieux anciens (salaf), le salafisme était incarné par les partisans de l’école hanbalite qui se revendiquaient de la ligne de conduite de l’imam Ahmed et des pieux anciens en s’en faisant les chantres. Au demeurant, le mouvement de Mohammed Ibn Abd Al-Wahhâb se revendiquait du hanbalisme qu’il voulait restaurer dans sa version réformiste, telle que menée par Ibn Taymiyya et ses disciples.

Force est de reconnaître que ces controverses et ces discussions qui opposaient les soufis aux salafites se déroulaient dans un climat de sérénité et de respect mutuel, chacun apportant des arguments pour défendre ses thèses, tout en restant dans le cadre de la discussion intellectuelle, sans verser dans l’anathème et l’excommunication. D’ailleurs, de nombreux savants hanbalites — et non des moindres — vouaient un grand respect à certains soufis réputés pour leur piété et leurs grandes vertus spirituelles.Le chef de l’école hanbalite lui-même, l’imam Ahmed Ibn Hanbal, avait un immense respect pour l’illustre Bichr Ibn Al-Hârith surnommé Bichr Al-Hâfi, l’ascète de Baghdad. Les historiens rapportent qu’à ses disciples qui lui disaient pourquoi, lui le jurisconsulte et célèbre traditionniste, il cherchait la compagnie d’un demi-fou en délire comme Bichr Al-Hâfi, l’imam Ahmed leur répondait : « Sans doute, je suis supérieur à lui dans le domaine de la science, mais dans la connaissance du Seigneur le Très Haut, il me dépasse de beaucoup. » Et il ne cessait d’aller rendre visite à l’illustre soufi en lui disant : « Parle-moi de la connaissance de Dieu ! »(3) Selon Ibn Al-Joûzî, l’imam Ahmed disait aussi à l’adresse de Bichr Al-Hâfi : « Je n’ai jamais vu d’homme meilleur que Bichr Ibn Al Hârith. »(4) L’émerveillement d’Ibn Hanbal pour la piété et le scrupule des trois sœurs de Bichr Al-Hâfi, qui étaient réputées également pour leur sainteté, est souligné aussi par tous les historiens.

(5) Le grand savant hanbalite, Abou Al-Faradj Ibn Al-Joûzî, a consacré de son côté un volumineux ouvrage aux personnages illustres de l’Islam(6) dans lequel il parle avec ferveur et respect de nombreux maîtres soufis des premiers temps, comme Sarî Saqtî, Al-Junayd, Abû Sa’id Al Kharrâz, Bichr Al Hâfi, Al-Hârith Al-Muhâsibi, Ibrahim Ibn Al-Adham, Al-Foudhayl Ibn Ayyâdh, Ma’roûf Al Karkhî, Sufiâne Al-Thawrî, Aboû Bakr Chiblî, Dâoud Al-Tâï, Rabî’a Al-Adawiyya... De son côté, Ibn Taymiyya vouait un grand respect au cheikh Abdalqâder Djilâni, lui-même savant hanbalite émérite et considéré comme pôle (qutb) par les soufis. Dans nombre de ses livres, il ne tarit pas d’éloges sur lui et sur ses nombreuses vertus(7). Une autre autorité de l’école hanbalite, Abû El Wafâ Ibn Aqîl, juriste émérite et chef de file de cette école en son temps, défendait le soufisme et allait, nous dit Ibn Al-Joûzî, jusqu’à défendre Al Hallâj qu’il reconnaissait comme un saint. Parmi les illustres savants de l’Islam qui ont reussi à concilier le soufisme avec le salafisme ou le hanbalisme, nous avons le cheikh Al-Islâm Abdullah Al-Haraoui Al-Ansâri, lui-même jurisconsulte hanbalite et néanmoins grand maître soufi dont la sainteté est attestée par tous ses contemporains.

D’ailleurs, un des livres de ce grand maître, Madâridj Al-Sâlikine Ilâ Hadhrat Rabbi Al-Alamîne (Les étapes des itinérants vers Dieu) a été commenté de fort belle manière par Ibn Al-Qayyim Al-Djawziyya, le disciple d’Ibn Taymiyya et un des chefs de file de l’école hanbalite à son époque. Il en est ainsi de nombreux autres savants reconnus comme des autorités dans les sciences de la Chari’a et qui admettent la véracité de la voie soufie. Nous avons à titre d’exemples le cheikh Mulla Alî Al-Qâri, auteur d’un commentaire de l’Ihyâ d’Al-Ghazâli, Ibn Abidîne, le célèbre jurisconsulte hanéfite qui a émis une fetwa sur la légitimité de la voie soufie, Ibn Hadjar Al Haythamî, l’éminent traditionniste et jurisconsulte, auteur d’une même fetwa, l’imam Al-Châtibî, l’auteur des Muwafaqât et du livre Al-I’tisâm dans lequel il fait l’éloge des soufis… De ce qui précède, il convient de dire qu’il n’y avait aucune antinomie à se revendiquer du hanbalisme ou de toute autre école de pensée de l’Islam et du soufisme.(8) Pour ces savants, le soufisme était l’approfondissement de l’Islam, l’introspection de la foi, l’expression du degré de l’ihsân où le croyant adore Dieu comme s’il Le voyait, comme le rapporte le Prophète (qsssl) dans le célèbre hadith sur les trois degrés de l’Islam, de la foi et de l’ihsân(9). Les premiers grands savants de l’Islam ne voyaient aucune incompatibilité entre l’étude et la connaissance des sciences de la Chari’a et l’approfondissement de cette connaissance ainsi que sa concrétisation par les actes et le comportement en purifiant l’âme de toutes les passions et de tous les penchants qui la dévient du chemin de Dieu et de Sa quête perpétuelle.

Telle était la conception du salafisme parmi les pieux anciens (salaf) comme Al-Hasan Al-Basrî, Abdullah Ibn Al-Mubârak, et leurs disciples que les historiens considèrent comme les précurseurs du soufisme. On attribue d’ailleurs cette belle parole à l’imam Mâlik : « Celui qui devient soufi sans apprendre la jurisprudence (fiqh) est un hérétique (zindiq), et celui qui devient jurisconsulte sans être soufi est un pervers (fasiq). » Ce n’est que plus tard que le salafisme fut perverti et devint un moyen et un prétexte de rejeter l’autre et de l’empêcher d’avoir une opinion différente, alors que la pensée islamique est si riche et si diversifiée. Les hanbalites, qui revendiquèrent plus tard le salafisme, dévièrent de la ligne de conduite du chef de leur école, l’imam Ahmed Ibn Hanbal qui, comme nous l’avons vu plus haut, éprouvait un grand respect pour les soufis, notamment ceux de Baghdad, comme Bichr El Hâfi, Al-Muhâsibi, Ma’roûf Al-Karkhî… Ces partisans de l’école hanbalite firent montre, tout au long de l’histoire de l’Islam, d’une grande intolérance doctrinale à l’égard de tous ceux qui ne partageaient pas leurs opinions, comme l’ont rapporté les historiens de l’Islam. Ni les soufis, ni les acharites, ni les partisans des autres écoles n’échappèrent à leur vindicte.

Ils persécutèrent les partisans du chaféisme, du hanéfisme et du malékisme, de même qu’ils persécutèrent les partisans de l’école de pensée acharite fondée par le grand théologien du Kalam Aboû Al-Hasan Al-Ach’arî. Cette persécution est soulignée dans le livre écrit par le grand soufi et savant acharite Abû Al-Qâsim Al-Quchayrî, l’auteur de la fameuse Risâla sur le soufisme, et qu’il remit au premier ministre de l’Etat saldjukide, Nidhâm Al Mulk, lors de sa venue à Baghdad. Ce livre, intitulé La Chikâya (la plainte), relate tous les griefs que les adversaires des hanbalites leur reprochaient. Même l’illustre historien et exégète Ibn Djarîr At tabarî ne fut pas à l’abri des persécutions de ces zélotes salafites, puisqu’il fut empêché de sortir de chez lui pendant des mois et, à sa mort, il fut enterré de nuit. Son seul tort est d’avoir soutenu que l’imam Ibn Hanbal n’était pas un jurisconsulte (faqîh), mais un traditionniste (muhaddith).

Cette opinion, qui est celle d’un savant à l’adresse d’un autre savant, lui valut des persécutions, malgré son statut d’exégète et de savant encyclopédiste, reconnu par tous les musulmans. Pourtant, Ahmed Ibn Hanbal dont se réclament les salafites-hanbalites, qui avait subi les persécutions de certains partisans du mutazilisme pour avoir refusé d’admettre leur thèse sur la création du Coran, n’a jamais recouru à l’excommunication de ses adversaires, se contentant de subir avec courage son épreuve (mihna). En effet, son élève et compagnon, Hanbal Ibn Ishâq, rapporte qu’il l’a entendu dire : « J’ai pardonné à Abû Ishâq Al Mu’tasim (un des califes mutazilites responsables de son épreuve), car Dieu nous dit : ‘‘Qu’ils pardonnent et qu’ils fassent grâce ! Ne voulez-vous pas que Dieu vous pardonne ?’’ » S24. V22.

Le même Ahmed Ibn Hanbal, dont l’école juridique fut la dernière à apparaître du point de vue chronologique, n’a jamais remis en cause les autres écoles dont il respectait les imams et fondateurs. Ce n’était pas le cas, malheureusement, pour certains de ses partisans qui ont persécuté les disciples des autres écoles sunnites qui n’étaient pas d’accord avec eux. Il est vrai que cette intolérance n’était pas l’apanage des seuls hanbalites, mais également de certains zélotes des autres écoles juridiques. Ce sont, en effet, des juristes malékites d’Andalousie qui ont demandé à ce que l’Ihyâ d’Al-Ghazâli soit brûlé. Les historiens et chroniqueurs musulmans nous rapportent de nombreux exemples de cette intolérance. Un des exemples les plus éloquents de cet acharnement contre ceux qui pensent autrement nous est donné par le procès intenté par certains hanbalites au grand soufi Abû Yazîd Al-Bistamî, accusé d’hérésie et dénoncé au calife abbasideAl-Mutawakkil.

Mais après l’avoir entendu, le calife le renvoya avec beaucoup d’égards et d’excuses, ayant compris qu’il ne s’agit que d’une cabale montée par des gens jaloux du prestige du saint. Il reste qu’en dépit de toutes ces vicissitudes, les relations entre soufis et salafites n’étaient pas aussi inconciliables et leurs différends n’étaient pas si insurmontables qu’ils paressaient ; ces relations connaissaient des hauts et des bas et dépendaient, le plus souvent, de la tendance des pouvoirs en place qui, pour des raisons de politique intérieure, favorisaient les uns ou les autres au gré des intérêts et des enjeux du moment. Mais après l’avènement de la doctrine wahhabite néo-hanbalite qui fut imposée par la force au détriment de toutes les autres écoles juridiques dans la presqu’île arabique, le malentendu qui existait entre le salafisme et le soufisme se transforma en antagonisme voire en conflit ouvert. Toutes les voies soufies — et elles étaient nombreuses —, qui étaient présentes depuis des siècles à La Mecque, à Médine et dans toute la région du Hidjâz, furent déclarées hérétiques et interdites.

Les ouvrages sur le soufisme furent frappés de suspicion avant d’être interdits carrément. Abû Hâmed Al-Ghazâli, Abdelqâder Djilâni, Abû Al-Qâsim Al-Quchayrî, Djalâl Eddine Rûmi, Farîd Eddine Al-Attâr n’eurent plus droit de cité dans les librairies et les universités islamiques où la doctrine wahhabite faisait autorité. Quant à certains grands soufis, comme Ibn Arabî, Abdelkrim Al-Djîli, Ibn Al-Fâridh, Abd Al-Wahhâb Al-Cha’râni, ils sont taxés ni plus ni moins de mécréants ! Des poètes soufis aussi prestigieux que l’imam Al-Busayrî, l’auteur de la célèbre Al-Burda ; l’imam Al-Djazoûli, l’auteur des Dalâïl Al-Khayrât et l’imam Abdessalâm Ibn Machîche, dont les poèmes sont récités dans toutes les séances de dhikr sont stigmatisés par certains auteurs wahhabites et traités d’innovateurs « Ashâb Al-Bida’ » et de polythéistes (mouchrikîne).(10) Pourtant, les soufis et les défenseurs de la voie soufie n’ont jamais été absents dans les lieux saints de l’Islam, à La Mecque et Médine.

Un des grands savants de La Mecque, l’exégète Mohammed Alî As-Saboûni, l’auteur d’un exégèse concis du Coran très appréciée dans le monde musulman, a fait l’objet, il y a quelques années, d’une grande campagne de critiques de la part des plus hautes autorités wahhabites de La Mecque et de Médine pour son exégèse considérée comme inspirée de la pensée acharite et faisant l’apologie du soufisme.(11) De leur côté, les partisans du soufisme publièrent beaucoup de livres pour défendre leurs thèses et démentir celles de leurs adversaires. L’auteur d’une épître anti-wahhabite(12) a recensé ainsi plus de cent-dix livres qui ont été écrits par des savants des différentes écoles de l’Islam pour réfuter les thèses du wahhabisme, quelques années seulement après la mort de son fondateur. Les polémiques et les controverses entre les deux parties n’ont jamais cessé depuis ce jour et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Le malentendu semble avoir de beaux jours devant lui. Il en sera ainsi tant qu’on refusera d’admettre que l’Islam est très riche et très diversifié dans sa pensée. Il peut accepter toutes les tendances et toutes les écoles de pensée, qu’elles soient basées sur la raison, comme celle des mutazilites sur la conciliation entre la raison et le texte ; celle des acharites sur la conformité aux textes apparents du Coran et du hadith, comme c’est le cas pour les salafites ou sur la connaissance de Dieu à travers la maîtrise des passions de l’âme et sa purification comme l’enseignent les soufis.Il est vrai que toutes ces tendances ont leur fondement et leurs références dans le Coran et la Sunna prophétique. L’essentiel est de ne pas dévier des principes fondamentaux de l’Islam et de ses dogmes immuables. Pour le reste, il s’agit de vocation et d’effort d’interprétation (idjtihâd).

Notes de renvoi

- 1. De nombreux livres ont été écrits par des maîtres soufis pour montrer la conformité de la voie soufie avec les principes de la Chari’a avec maintes références aux versets coraniques et aux hadiths du Prophète (qsssl). Parmi les plus célèbres, citons : Al-Louma’ d’Al Sarrâdj Al Tûsî, Qût Al-Qulûb d’Abû Tayyab Al-Mekkî, Tabaqât Al Sufiyya de Abderrahmane Al Sulamî, Awârif Al-Ma’ârif du cheikh Chihâb Eddine Al-Suhrawardi, Ihyâ Ouloûm Eddine d’Abû Hâmed Al-Ghazâli, Al-Risâla Fî At-tasawwuf d’Abû Al-Qâsim Al-Quchayrî, Madâridj Al-Sâlikîne du cheikh ’Abdallah Ansâri Al-Haraoui, Al-Ta’arrouf Lî Madhab Ahl Al-Tasawwuf d’Al Qalabâdi, Kachf Al-Mahdjoûb de Alî Al-Hudjwirî… Les principes du soufisme du cheikh Ahmed Zarroûk…
- 2. Voir Vies des saints musulmans, par Emile Dermenghem, éditions Sindbad, Actes-Sud, Paris 2005.
- 3. Traduction de M. Chabry. Editions la Caravane, Paris 2001.
- 4. In Sifat Al-Safwa, éditions Dâr Al-Kutub Al-Ilmiyya, Beyrouth, Liban 1989.
- 5. Idem.
- 6. Idem.
- 7. Certains historiens n’hésitent pas à soutenir qu’Ibn Taymiyya fut le disciple du cheikh Abdelqâder Djilâni dans la voie soufie. Ces historiens citent un auteur, lui-même hanbalite, qui rapporte cette information. Cf Badi’ Al-’Ulqa Fî Labs Al-Khirqa du cheikh Yousef Ibn Abdelhâdi (m 909H/1503 avant J.C.). Manuscrit de l’université de Princeton, collection Yahouda, fol 154a, 169b.
- 8. De nombreux soufis étaient des savants versés dans les sciences de la Chari’a : à titre d’exemple, dans la jurisprudence (fiqh), nous avons le cheikh Abdelqâder Djilâni une référence dans l’école hanbalite ainsi que Izzeddine Ibn Abdessalâm un des chefs de fil de l’école chaféîte à son époque, surnommé le sultan des savants ; dans la théologie dogmatique (kalam), nous avons Abû Hâmed Al-Ghazâli et Abû Al-Qâsim Al Quchayrî, deux éminents représentants de l’école acharite ; dans l’exégèse du Coran nous avons l’imam Djalâl Eddine As-suyûti, l’imam Chihâb Eddine Al-Aloûsi, l’auteur du tafsîr intitulé Roûh Al-Ma’âni et le cheikh Ahmed Ibn Adjîba, l’auteur du tafsîr intitulé Al-Bahr Al-Madîd ; dans le hadith, nous avons l’imam Muhyeddine An-Nawawî l’auteur de Riyyâdh Al-Sâlihîne ; dans l’histoire et les biographies, nous avons Abû Na’ïm Al-Isfahâni, l’auteur de Hilyat Al-Awliyya…
- 9. Ce célèbre hadith qui a été rapporté par Omar Ibn Al-Khattâb se trouve dans le recueil de hadiths authentiques de Moslim avec le commentaire de l’imam An-Nawawî. Il résume, à lui seul, les trois degrés de la religion musulmane.
- 10. Un petit livre écrit par un auteur wahhabite connu traite même ces illustres poètes soufis d’associationnistes (mouchrikîne) !
- 11. Cf Safwat Al-Tafâsir par Mohammed Alî As-Saboûni. Editions la Maison du Coran, Beyrouth, Liban, 1981.
- 12. Cf Lettre des savants de Tunisie au wahhabite égaré du cadi Abî Hafs Omar Ibn Al Muftî Qâsim Al Mahdjoûb le Tunisien, le malékite. Editions Dâr Al-Machâri’, Beyrouth, Liban, 2004.

L’auteur est journaliste, écrivain, traducteur. Directeur de la rédaction de la revue Les Etudes islamiques



Par Messaoud Boudjenoun

samedi 24 octobre 2009

La wilaya de Tizi Ouzou en immersion dans les ordures

Quel que soit le chemin que l’on emprunte pour entrer dans la ville de Tizi Ouzou, on est accueilli par des tas d’immondices et de détritus de toutes sortes qui jonchent les bretelles d’accès.

A l’intérieur de la cité des Genêts, le décor est repoussant. De nombreux dépotoirs occupent les quartiers de la ville et des poubelles crasseuses à la couleur d’un vert franchement laid sont - parce qu’elles ont pour la plupart perdu leurs roues - littéralement couchées sur des trottoirs souvent éventrés et sales. Horrible vision que celle qui est proposée au citoyen et au voyageur de passage. Toutes les villes et toutes les communes de la wilaya de Tizi Ouzou sont dans le même état, c’est-à-dire ,vautrées dans les ordures. Une véritable poubelle à ciel ouvert et une pollution de l’environnement qui va hypothéquer sans nul doute l’avenir écologique de la région. Une catastrophe innommable et à terme une menace pour la santé publique. 1500 décharges sauvages sont répandues à travers la wilaya et... quelques décharges autorisées, tout aussi hideuses. Ces dépotoirs non contrôlés occupent et défigurent les pistes agricoles, les chemins communaux et de wilaya, aucune voie de circulation n’est épargnée, ils envahissent également les forêts, les ravins et les cours d’eau. Faut-il souligner, qu’à cause de ces derniers, le bassin versant du barrage de Taksebt est particulièrement « infecté » ? En amont de la retenue, il est loisible de constater les innombrables objets flottant à la surface de l’eau et les nombreux tas de gravats et de sacs poubelles déposés, par camions entiers, sur ses rives. Pollution à laquelle viennent s’ajouter les eaux usées et non traitées déversées par les communes riveraines. Un magnifique lac, un joyau non protégé et certainement déjà en danger. La même menace pèse sur les nappes phréatiques, un risque potentiel pour la santé des consommateurs de cette précieuse ressource... l’eau, une richesse de notre wilaya, notre pétrole...

Des décharges qui sont une agression quotidienne de l’habitant de la région et qui génèrent chez ce dernier des comportements préjudiciables pour la cohésion sociale. Une pomme de discorde entre les citoyens qui refusent, plus souvent à raison qu’à tort, la localisation d’une poubelle dans les parages de leur domicile. Pour se prémunir de l’agression visuelle et olfactive mais aussi pour tenter de réduire le risque pour la santé engendré par la proximité des immondices — une « overdose », il faut le dire, car des décharges, nous le disions, il y en a partout — le citoyen n’en veut pas dans son voisinage, dans l’entourage de son quartier ou de son village, quand bien même les ordures sont les siennes. « La poubelle doit être chez le voisin », en tous cas ailleurs, le plus loin possible du regard et du nez, de crainte de « subir » les odeurs nauséabondes qu’elle dégage et les fumées toxiques qui en émanent, parce que ces ordures brûlent en permanence, engendrent des conflits entre les habitants et compromettent, par des oppositions souvent systématiques, les rares décisions d’installation de décharges contrôlées. Les exemples des communes d’Azazga et de Fréha sont à ce titre édifiants. Le citoyen ne fait plus confiance aux pouvoirs publics — ni d’ailleurs aux élus, même si ces derniers n’ont aucune emprise sur les problèmes relatifs à l’environnement — qui ne mettent en place aucune initiative pour améliorer le cadre de vie de la population et qui n’ont pas non plus de politique nationale visible pour sauvegarder notre environnement. L’inertie de l’Etat face à ce fléau et son apparente indifférence devant la multiplication, à travers le territoire national, des décharges sauvages, ont rendu méfiants les Algériens. Les pouvoirs publics sont restés trop longtemps absents sur ce terrain. Le laisser-aller dont ceux-ci se sont rendu coupables a ruiné non seulement la nécessaire confiance que le citoyen doit manifester à l’endroit des institutions de la République mais a également dissolu les liens sociaux et les indispensables et mutuels rapports conviviaux qui doivent prévaloir dans les relations entre les personnes. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, ce problème se pose avec encore plus d’acuité, cette région du pays, dont la population est de 1,3 million d’habitants, rejette 300 000 tonnes de déchets par an. Une superficie de 2958 km2, un mouchoir de poche et une densité parmi les plus élevées de la planète, 436 habitants au kilomètre carré. Dans ces conditions, les décharges sont inévitablement proches des villages et anormalement à proximité de la population. Les rejets sont donc visibles, agressifs et polluants. Qu’on ne vienne pas nous dire que les habitants sont indisciplinés et qu’ils jettent leurs ordures n’importe où. Il faut bien mettre ces ordures quelque part. L’Etat doit informer, éduquer, sensibiliser et si besoin est pénaliser. Il doit également offrir au citoyen des alternatives pour ses rejets. En l’occurrence, ce n’est pas le cas. Qu’on ne vienne pas nous dire non plus que les élus locaux ne font pas leur travail. Chacun sait que les communes, notamment rurales, ne disposent d’aucun moyen pour gérer les problèmes de l’environnement et de l’aménagement de leur territoire. Le maire ne dispose pas de budget spécifiquement alloué ni de prérogatives particulières lui permettant d’initier des actions pour aménager le territoire de sa commune et sauvegarder son environnement. Les collectivités locales reçoivent une petite aide financière, souvent péniblement arrachée et destinée uniquement à la collecte des ordures ménagères et leur acheminement parfois à plusieurs kilomètres de là, vers les décharges existantes.

Tout ce qui se rapporte aux projets relatifs à l’environnement est entre les mains de l’administration, c’est-à-dire, de la direction de l’environnement de la wilaya et de son ministère de tutelle. Pour autant, c’est le président de l’Assemblée populaire communale (APC) qui est décrié et vilipendé quand la qualité de vie du citoyen est mise à mal. L’Etat est en train de revoir le code communal, voilà une opportunité que les pouvoirs publics devraient saisir pour doter les communes de textes qui leur permettent de disposer, à l’intérieur de l’exécutif communal, d’une vice-présidence en charge de l’aménagement du territoire, de l’environnement et du tourisme. Le vice-président sera investi de la mission et aura toutes les prérogatives pour agir dans ces domaines, de nombreux pays, européens notamment, ont doté les collectivités locales de tels moyens. En Belgique, pour ne citer que ce pays, la commune possède en son sein un échevinat (l’échevin correspond à l’adjoint au maire) de l’environnement. Faut-il rappeler au lecteur que dans ce royaume, régionalisé, la wilaya (préfecture) et la daïra (sous-préfecture) n’existent pas dans l’organisation administrative du pays. La commune est la seule administration à laquelle s’adresse le citoyen pour toutes les affaires le concernant : passeport, carte de séjour pour étranger, permis de conduire, carte d’identité, extrait de naissance, etc. Une vraie décentralisation et une véritable démocratie de proximité. Dans notre pays, la mairie et le maire ont un pouvoir limité : même si le code communal actuel leur donne de très larges prérogatives, ils sont dépossédés des instruments qui leur permettent de les exercer, en particulier, les moyens financiers et juridiques qui sont toujours entre les mains de l’administration. Tout ce que le premier magistrat de la commune entreprend doit recevoir l’aval du comité technique de daïra, c’est-à-dire du chef de daïra. Il reçoit un maigre budget, deux à trois milliards de centimes par an pour le PCD Plan communal de développement (PCD). Un budget qui lui permet à peine « de bricoler et de s’occuper » pendant que les projets importants, comme l’aménagement des routes, l’alimentation en eau potable, l’assainissement, l’amélioration urbaine, etc, sont entre les mains du directeur des travaux public, de l’hydraulique, de l’urbanisme... encore une fois, entre les mains de l’administration. Plan sectoriel de développement (PSD) oblige, un procédé à gros budget et qui échappe totalement à l’emprise de l’élu local. Pour autant, quand la population est mécontente, parce qu’elle n’a pas d’eau ou de route, c’est le maire qui est discrédité et c’est la mairie qui est assiégée et fermée. La dernière spoliation en date des prérogatives du maire est l’obligation de certification, par le chef de daïra ou son secrétaire général, des documents d’état civil établis par l’ APC et destinés à l’étranger. Une autre façon de jeter le doute sur la probité des officiers d’état civil exerçant dans les mairies. Il est dit, dans une note destinée au public et signée de la main d’un chef de daïra, que cette mesure a « le souci de simplifier et d’alléger les procédures administratives... » et « ... d’améliorer les relations entre les citoyens et l’administration ».

Rien que cela. Au vu de cette concentration des pouvoirs entre les mains de l’administration, il est légitime de se demander ce que deviendra la relation citoyen-administration quand les wilayas déléguées viendront à être installées, quelle place aura la mairie dans tout cet imbroglio et quelles prérogatives lui seront en définitive dévolues ? Dépouillé progressivement de ses attributions légales, le président d’APC a juste le droit d’être le bouc émissaire quand la population souffre des insuffisances de l’administration qui ne va pas toujours au-devant des problèmes quotidiens des citoyens et qui paralysent quelque fois, il faut le souligner, volontairement les initiatives des élus. Ce n’est pas par hasard que les présidents d’APC du RCD de la wilaya ont, il y a peu, adressé — et pris à témoin la population — une lettre ouverte au wali, dénonçant les entraves administratives multiples qu’ils rencontrent dans la gestion des affaires de leurs communes et le peu de moyens que les pouvoirs publics mettent à leur disposition pour mener à bien leur tâche. La dégradation de l’environnement du citoyen et le problème des décharges ont été évoqués dans cette correspondance. La responsabilité de la pollution de notre environnement et la dégradation de la qualité de notre cadre de vie incombent à l’Etat. Il lui appartient de mettre en place une véritable politique nationale de l’environnement, de trouver les solutions adaptées et d’y mettre les moyens appropriés en fonction des situations et des spécificités, et de ce point de vue, il (l’Etat) a failli. Les responsables n’ont pas perçu les mutations des besoins de consommation de la société algérienne et prévu leur accroissement, comme ils n’ont pas vu venir l’augmentation, qui lui est corollaire, des déchets des ménages. Ils n’ont donc pas, au-delà du souci qu’ils auraient dû avoir pour l’environnement, anticipé sur les moyens à mettre en place pour collecter les rejets, les traiter et, pourquoi pas , les recycler. Quel est donc le rôle du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme, et de ses directions de wilaya, si ce n’est aménager le territoire national, sauvegarder ce dernier de la pollution, le rendre vivable au citoyen, agréable au visiteur et au touriste mais surtout et en définitive prémunir l’héritage qui sera légué aux générations futures.

Bien sûr, évoquer dans les conditions actuelles l’idée même de l’écologie participe de la coquetterie et peut faire sourire, tant les préoccupations prosaïques sont immenses et pressantes. Quant à imaginer un ministère de l’Ecologie en Algérie, voilà une chimère, un impossible rêve. La wilaya de Tizi Ouzou est une grande victime de l’absence d’une politique nationale de l’environnement du fait, nous le disions, de sa spécificité. Une importante population dans une région « étroite », qui se débat dans des difficultés « endémiques » du foncier. Elle est, de ce fait, naturellement confrontée à des contraintes majeures. Particulièrement à cause de l’importance de son massif forestier et du Parc national du Djurdjura qui constituent à eux deux la majeure partie du territoire de la wilaya et qui sont protégés par la loi, il est dans ces conditions impossible de trouver les espaces appropriés pour y installer des décharges ou des centres d’enfouissement techniques. Un argument mis en avant, avec insistance et à juste titre, par les responsables locaux pour justifier l’absence de projets dans le domaine de l’environnement ou leur retard quand ceux-ci existent. L’autre raison alléguée est l’opposition des citoyens. Ces derniers s’opposent certainement avec raison. Les nuisances générées par les décharges sauvages ont servi de « vaccin » et c’est naturel que le « rejet » se fasse également pour les décharges contrôlées et/ou pour les autres projets - toujours suspects aux yeux des habitants - initiés par les autorités. Le wali a toutefois reconnu que l’opposition n’est pas un obstacle insurmontable et qu’un dialogue rassurant avec la population lève tous les malentendus. Si l’intérêt général venait à être mis en cause par des oppositions récalcitrantes, la force publique doit être sollicitée. L’on se rappelle les péripéties qu’a vécues le centre d’enfouissement technique de Tizi Ouzou. Quelques personnes à peine se sont opposées à ce projet et il est resté dans les tiroirs durant plusieurs années. La dégradation de l’environnement dans la région de Tizi Ouzou est une situation à risques sanitaire et social qui a fait réagir les élus locaux. L’Assemblée populaire de wilaya (APW) a organisé e 15 octobre 2008 une session extraordinaire consacrée à l’état de l’environnement dans son territoire. La sonnette d’alarme a été tirée par les différents intervenants, élus et responsables locaux. Des recommandations ont été faites, parmi elles, il faut noter entre autres la nécessité de mettre en place des schémas directeurs pour la gestion des déchets, de réaliser des centres d’enfouissement techniques, de développer des outils de communication et d’information à même de sensibiliser les différents partenaires, d’encourager les filières de tri et de valorisation des déchets d’emballage par la création de micro entreprises dans le cadre des dispositifs Ansej-CNAC-Anjem..., de redynamiser des activités de police de l’environnement et de l’urbanisme... Toutes ces recommandations relèvent des attributions de l’administration et des prérogatives de l’Etat. Faut-il souligner que notre wilaya est dotée de seulement trois centres d’enfouissement techniques et que ceux-ci ne sont pas encore totalement opérationnels ? Faut-il également souligner que l’agent de l’environnement mandaté par la direction de wilaya ne jouit toujours pas du statut d’officier de police judiciaire ? Situation, chacun le comprendra, qui démotive et entrave lourdement la mission de surveillance et si besoin de pénalisation. La situation de l’environnement dans la wilaya est « critique et alarmante », a déclaré publiquement le premier responsable de la wilaya et il est « urgent d’agir », a-t-il ajouté.

C’est pourquoi, il a demandé à ses collaborateurs, en charge de cette mission, de porter à la connaissance du ministère de tutelle les doléances des élus et responsables locaux. Un audit sur l’état de l’environnement dans la wilaya a ainsi été demandé. Une fiche technique évaluant son coût a accompagné cette demande. Les besoins immédiats de la région ont été également consignés dans des fiches techniques séparées. Quatre centres d’enfouissement techniques et une douzaine de décharges contrôlées sont nécessaires pour mener à bien l’opération d’amélioration de la qualité de notre cadre de vie et pour éloigner la menace sanitaire. Le coût est de 1,8 milliard de dinars. La sauvegarde de l’environnement et les préoccupations écologiques sont une autre ambition - qui existe, il faut le souligner, chez nos élus et responsables locaux - mais qui n’est pas encore d’actualité, notamment tant qu’une véritable politique nationale pour l’écologie et la sauvegarde de l’environnement n’est pas clairement manifestée par les pouvoirs publics. Il faudra donc ne pas y penser et la différer. Neuf stations d’épuration et cinq postes de relevage, en amont du bassin versant du barrage de Taksebt, sont également indispensables et doivent être rapidement édifiés pour protéger de la pollution, par les eaux usées, ce réservoir d’eau. Sept milliards de dinars doivent y être investis. Nous avons en mémoire la visite qu’a rendue à Tizi Ouzou, il y a plusieurs mois, le ministre de l’Hydraulique. Ces stations d’épuration avaient été évoquées en ce temps. Des promesses avaient été faites. Moins de dix milliards de dinars, quelques petits millions de dollars que le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme et celui de l’Hydraulique et des Ressources en eau n’ont pas pu inscrire dans le cadre de la loi de finances 2009 et arracher à l’Etat. La demande de la wilaya a en effet eu une fin de non recevoir malgré la claire signification de la gravité de la situation. Est-il raisonnable d’espérer obtenir ce budget sur la loi de finances 2010 ? Une promesse aurait été donnée... En ce qui nous concerne, nous avons - en tant qu’élu de la nation issu de cette région interpellé, au début du mois de septembre par écrit le chef du gouvernement sur cette question. Nous n’avons toujours pas eu de réponse. La préservation de l’environnement et le souci du bien-être du citoyen sont de la responsabilité de l’Etat et ne peuvent se passer de sa volonté affirmée de prendre en charge cette mission. Une véritable politique nationale pour l’environnement, et mettre la main à la poche, voilà les deux conditions indispensables pour faire aboutir une réelle et légitime préoccupation des citoyens et offrir aux générations futures un avenir assuré. De toute évidence, ce n’est pas pour le pouvoir central le souci du moment. En tout état de cause, un an est passé depuis que les élus et responsables de la wilaya de Tizi Ouzou ont tiré la sonnette d’alarme. Ils n’ont pas été entendus par les hautes instances de la République. Pendant ce temps, la région est toujours en immersion dans les ordures.

- L’auteur est : Psychiatre et député RCD

Par Dr Boudarène Mahmoud

mardi 20 octobre 2009

Le général Khaled Nezzar : «Abdelhamid Brahimi a dilapidé 14 milliards de dollars»

Invité par le quotidien arabophone Echourouk à donner son avis sur la dernière sortie de Abdelhamid Brahimi à partir de Rabat, le général à la retraite a jugé utile de rappeler le passé «révolutionnaire» de celui qui se croyait «né sous la bonne étoile» : «Durant la guerre de Libération, Brahimi passait du bon temps dans les vergers, derrière les frontières tunisiennes.» Parti trois ans à Alep, en Syrie, pour suivre une formation militaire, ce dernier n’a dû faire l’effort d’accompagner les nouveaux éléments de l’ALN, recrutés parmi les réfugiés, que jusqu’à la frontière : «Jamais il n’a demandé à traverser avec nous la ligne électrifiée, préférant retourner dans son paisible jardin, jusqu’à nouvel ordre.»

Brahimi, qui était censé rejoindre les unités combattantes de l’ALN, au vu de sa formation, a fini par servir de facteur pour le compte du chef d’état-major de l’époque, Ali Mendjeli, qui lui confiera, au cessez-le-feu, le commandement d’une des unités qui devaient se diriger vers la capitale, mais il préféra prendre la tangente, abandonnant hommes et matériel, dès que parvint à ses oreilles l’écho du différend entre le GPRA et l’état-major général. Au lendemain de l’indépendance, Brahimi, «qui s’est servi de la Révolution et ne l’a pas servie», refit surface et se rapprocha du même Ali Mendjeli, alors vice-président de l’Assemblée constituante, «par pur régionalisme», pour le supplier de lui octroyer un poste de responsabilité.

Ce qu’il obtint, puisqu’il sera nommé wali d’Annaba, avant de solliciter deux bourses d’études aux Etats-Unis, pour lui et sa femme, à un autre responsable de sa région. Après sept ans «d’études», il rentre au bercail mais son diplôme est considéré caduc par les autorités algériennes de l’époque qui exigeaient le bac pour lui accorder l’équivalence. Blasé, il «quémande « un poste auprès du secrétaire général du MDN, et obtient celui de conseiller économique au même ministère ; un poste qui fait presque rire le général Nezzar, «tant cette fonction n’a aucune espèce d’utilité dans une telle institution».

Par la force des choses – mais aussi à cause des choix irréfléchis de la classe dirigeante de l’époque –, Abdelhamid Brahimi se retrouve Premier ministre sous Chadli, «par une espèce de jeu d’équilibrisme», explique le général Nezzar. Sa nomination à la tête du ministère du Plan puis du gouvernement sonnera le glas de l’économie nationale et préludera les catastrophes qui s’ensuivirent. Dans le cadre du fameux PAP (plan antipénurie), Brahimi a gaspillé toutes les économies du pays, obligeant son successeur, Mouloud Hamrouche, à hypothéquer l’or pour pouvoir importer les produits de première nécessité. La situation était à ce point catastrophique qu’elle déboucha sur les événements du 5 octobre 1988, «qui ont eu le mérite de permettre l’ouverture démocratique, n’eussent été les erreurs commises dans la rédaction et l’adoption de la Constitution de 1989», regrette le général.

Forcé de donner son avis «dans un délai trop court» sur la nouvelle mouture, Nezzar se contenta d’une lecture furtive du volet concernant la défense nationale. Dans ce contexte, le général a rappelé que la démission de Chadli était intervenue lorsqu’il comprit que l’armée avait décidé de ne pas refaire l’erreur d’octobre 1988 et qu’elle rejetait toute idée de servir de nouveau de bouclier pour des politiques dépassés par des événements dont ils sont eux-mêmes la cause. Le général àla retraite Nezzar a estimé que l’histoire des 26 milliards «n’est qu’un subterfuge» inventé de toute pièce par le même Brahimi aux fins de détourner les regards de sa gestion catastrophique : «C’est plutôt lui qui a vidé les caisses de l’Etat, jeté l’argent du peuple par les fenêtres et conduit le pays vers l’impasse dont nous continuons malheureusement à subir les conséquences dramatiques, jusqu’à nos jours».

Répondant à Brahimi sur la question de l’islam et de l’arabité, le général à la retraite Nezzar a souligné que, s’agissant de la religion, personne n’était en droit de donner des leçons et, encore moins, de juger qui que ce soit sur son obédience religieuse : «C’est une affaire entre l’individu et son Créateur.» Quant aux doutes émis par Brahimi sur le degré d’arabité des anciens officiers déserteurs, Nezzar a mis au défi l’ancien Premier ministre de démontrer à l’opinion publique qu’il ait un jour mené une action concrète en faveur de la nation arabe : «Il passe son temps à dénigrer son pays, l’Algérie, à partir de la Grande-Bretagne et d’autres pays (allusion au Maroc).»

A ce sujet, Nezzar a rappelé son engagement actif dans la guerre israélo-arabe – un livre inédit paraîtra bientôt qui portera sur la participation de l’armée algérienne à cette guerre –, son entrevue avec le colonel Kadhafi à Tripoli, alors embourbé dans son conflit avec son voisin du sud, le Tchad, soutenu par la France. L’Algérie avait proposé au dirigeant libyen de lui assurer une couverture militaire dans la partie nord de la Libye, pour permettre à son armée de faire front aux attaques tchadiennes, au sud.

De même, Nezzar a souligné l’aide et le soutien moral et matériel apporté à l’Irak durant la première guerre du Golfe, lorsqu’un haut responsable était parti le voir pour lui transmettre un message des dirigeants irakiens qui ne tarirent pas d’éloges sur l’expérience et le professionnalisme de l’armée algérienne. «C’est moi qui me suis opposé à l’envoi de troupes algériennes en Irak, même en qualité d’observateurs», a souligné l’ancien ministre de la Défense nationale.

Pour l’anecdote, le général à la retraite est revenu sur sa très brève rencontre avec Ali Benhadj, qu’il avait reçu au Palais du gouvernement à la même époque : «Il était clownesque dans son faux uniforme», a-t-il dit, avant de révéler que 5 000 treillis non officiels avaient été découverts, qui étaient destinés aux activistes du FIS, et que les responsables – Ali Benhadj, Abassi Madani, cheikh Sahnoun, etc. – ne maîtrisaient pas tous les militants : «Une des raisons qui nous a poussés à interrompre le processus électoral en janvier 1992, était l’éclatement du FIS en plusieurs courants, dont le plus virulent, El-Hidjra Oua Ettakfir, échappait totalement au contrôle de ce parti.» Et de conclure, en toute humilité : «De toute façon, nous avions dû agir rapidement face à une situation chaotique qui mettait en péril l’unité du pays et sa sécurité. Nous n’avions pas le choix ; nous devions sauver la République.»

20-10-2009
Mehenna H.

lundi 19 octobre 2009

L’Amérique et la paix dans le monde ou l’utilisation de l’Islam pour déstabiliser la Chine !

Alors que l’élection de Barack Hussein Obama a suscité un réel « espoir de paix » dans le monde, largement repris en écho par les médias de la communauté internationale, rares étaient les observateurs qui mettaient en doute cet optimisme béat(1). En fait, il n’y a que la Russie et la Chine qui se sont abstenues de faire des commentaires élogieux à son égard.

Par expérience, ils savent que le nouveau président a été désigné pour appliquer le programme des forces occultes qui l’ont porté, à coups de centaines de millions de dollars, à la tête de « l’empire le plus puissant depuis l’empire Romain »(2). Pour mieux faire passer leur programme de déstabilisation de l’Asie, par talibans et Al Qaîda interposés, les décideurs du Complexe militaro- industriel vont se servir de la misère des communautés musulmanes du Pakistan et de l’Inde, ainsi que des frustrations de la Chine pour entraver et freiner l’ascension de ce grand pays qu’ils ont déjà classé comme « puissance rivale ». Conscients de ce que « les Etats-Unis sont la seule superpuissance au monde, combinant une puissance militaire dominante, un leadership technologique mondial et la plus grande économie du monde »(3), les think tanks du Complexe veulent préserver cette avance, estimant qu’« à l’heure actuelle, les Etats-Unis ne sont confrontés à aucun rival global. L’objectif d’une stratégie américaine ambitieuse devrait être de préserver et d’étendre cette position avantageuse aussi loin que possible dans le futur »(4).

Pour pérenniser leur domination sur le monde, les Etats-Unis ont mis au point une nouvelle stratégie, dénommée « Programme pour un nouveau siècle américain » dans lequel ils s’inquiètent du « déclin de la puissance des Etats-Unis et des problèmes que cela créerait dans l’exercice de leur leadership mondial… »(5). C’est ce qui explique les sommes colossales misées par le Complexe militaro-industriel pour faire élire un Noir, d’origine musulmane, dans le but de donner du crédit au semblant de changement de leur politique au Moyen-Orient et surtout mettre en application leur stratégie visant à déstabiliser, au moyen de l’Islam, le Pakistan et l’Afghanistan afin de créer une forte zone de turbulences qui s’étendra, par vagues successives, à l’Inde avec comme objectif majeur, la Chine.

L’Afghanistan : la déstabilisation permanente

Entre le départ des Soviétiques d’Afghanistan en février 1989 et l’installation de la République islamique en avril 1992, les Américains, tout en laissant les Afghans se dépêtrer dans leurs divisions, après s’en être servi pour abattre l’ours soviétique, envoyaient une mission composée du Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif accompagné de son chef d’état-major et du prince Turki El Fayçal, chef des services de renseignement saoudien et protecteur, avec les Américains, d’Oussama Ben Laden. Tout en étant à l’origine de la déstabilisation de ce pays, les Américains font mine de s’y intéresser en jetant un leurre : du fait de sa proximité avec la mer Caspienne, l’Afghanistan sera, disent-ils, la « seule route possible » du gazoduc de ce « nouvel eldorado » des hydrocarbures. D’où la prétendue nécessité de stabiliser ce pays. En janvier 1995, alors que la guerre fait rage, de nouveaux acteurs apparaissent, inventés de toutes pièces par l’ISI pakistanais, à l’instigation de la CIA et financés par l’Arabie Saoudite : les talibans(6).

Lorsqu’en septembre 1996 les talibans prennent Kaboul, Michael Bearden, ancien responsable de la CIA dans ce pays, déclare : « Ces gars ne sont pas les pires, des jeunes gens un peu fougueux, mais c’était mieux que la guerre civile… » (7). Même le vice-président de la firme Unocal, Chris Taggart, qualifie leur avance de « développement positif » (8). Donnant plus de consistance au leurre du « projet de gazoduc », cette firme ouvre un centre de formation à l’université d’Omaha pour former 137 Afghans aux techniques de construction de gazodusc. Mais ce prétendu projet est aussitôt enterré par Washington pour faire perdurer la déstabilisation de l’Afghanistan par l’envoi de Ben Laden qui était au Soudan, « à la recherche d’un refuge »... En fait, « lorsqu’en mars 1996 le Soudan proposa de livrer Ben Laden à Washington, Madeleine Albright prétexta une tension avec le Soudan pour fermer l’ambassade US à Khartoum » (9). La proposition soudanaise dura jusqu’au 19 mai 1996, date à laquelle Ben Laden quitta le Soudan pour l’Afghanistan. En écho à la manœuvre, le sous-secrétaire d’Etat américain, Scrobe Talbott, dévoile le véritable projet d’avenir réservé à ce pays, le 21 juillet 1997 : « La région (l’Afghanistan) pourrait devenir une pépinière de terroristes, un berceau de l’extrémisme politique et religieux et le théâtre d’une véritable guerre. » (10)

John O’Neil, L’homme qui en savait trop !

Les ingrédients pour le lancement, le 22 février 1998, du Front international islamique par Ben Laden, sont mis en place. Ce dernier, pour se rendre plus crédible, émet une « fetwa » autorisant les attentats anti-américains. Le 8 août 1998, des engins explosifs détruisent les ambassades de Dar Essalem et de Nairobi, consacrant ainsi le classement de Ben Laden comme ennemi public n° 1. Pour lui (leur) permettre de bien (lui) préparer ses caches, les Etats-Unis attendront plus de six mois avant de lancer un mandat d’arrêt international. Le leurre du « projet de gazoduc » n’avait plus lieu d’être… Washington va même jusqu’à manipuler le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire voter, le 15 septembre 1999, une résolution « exigeant des talibans l’extradition de Ben Laden… » Mais les talibans restent, et pour cause, des interlocuteurs pour les Etats-Unis, puisqu’ils permettent à Abderrahmane Zahid, ministre adjoint des Affaires étrangères taliban de donner, le 27 septembre, une conférence à Washington dans les locaux du Middle East Institute.

En fait, chaque négociation devient le prétexte pour pousser à une radicalisation des talibans, manipulés et manipulables à souhait. Ce qui poussa le diplomate algérien, Lakhdar Brahimi, à démissionner pour ne pas devenir complice de la manœuvre, mais n’empêcha pas les Etats-Unis de faire semblant de continuer à « réclamer Ben Laden », en proposant aux talibans, en contrepartie, un autre leurre : un « plan sérieux de reconstruction ». Ce nouveau leurre devint l’excuse tout trouvée pour que le Département d’Etat bloque l’enquête du Fédéral bureau of investigation (FBI) sur d’éventuelles implications de « Ben Laden et de ses complices talibans » dans l’attentat du mois d’octobre 2000, contre le navire de guerre Américain USS-Cole, à Aden, au Yémen. En fait, se rendant compte que l’agent du FBI, John O’Neil, surnommé « M. Ben Laden », avance bien dans son enquête et risque de comprendre le pourquoi du comment de cet attentat et découvrir les vrais commanditaires, Washington le fait expulser du Yémen le 5 juillet 2001. En savait-il trop ? Comme par hasard, on lui offre, fin août 2001, après sa démission provoquée du FBI, les fonctions de chef de la sécurité du World Trade Center, pour être sûr qu’il y laisserait les secrets dont il avait eu connaissance. En effet, de part la fonction dont il était nouvellement investi, il ne pouvait y échapper : John O’Neil devait y laisser la vie le 11 septembre.(11)

« Organiser les situations » par l’utilisation de l’Islam

Pour les décideurs du Complexe, « la perspective est que l’Asie orientale deviendra une région de plus en plus importante, marquée par l’ascension de la puissance chinoise… »(12) ; aussi, estiment-ils nécessaire « d’accroître la puissance militaire des Etats-Unis en Asie orientale » qu’ils considèrent comme « la clé pour faire face à l’accession de la Chine au statut de grande puissance »(13). Ils sont convaincus qu’« aucune stratégie américaine ne peut empêcher les Chinois de défier le leadership régional américain »(14). Aussi, est-il conseillé dans cette étude de « sécuriser et étendre les zones de paix démocratiques, dissuader la montée de la concurrence d’une nouvelle grande puissance, défendre les régions-clés, exploiter la transformation de la guerre par les nouvelles technologies »(15). En fait de transformation de la guerre et de nouvelles technologies, les stratèges du Pentagone comptent organiser les situations par islamistes interposés et manipulés par leur relais local qu’est l’ISI Pakistanais. Cette nouvelle stratégie consiste à « organiser les situations pour préserver la domination géopolitique des Etats-Unis en s’appuyant sur les fondations indiscutables d’une prééminence militaire des USA »(16).

Dans son « projet pour le nouveau siècle américain », le complexe s’est donné pour objectif de reconstruire les défenses de l’Amérique avec pour stratégie de « préserver et accroître la position (des USA) comme seule superpuissance militaire prééminente, pour une durée à venir aussi longue que possible »(17), en se donnant pour mission de redéployer les forces des USA pour répondre aux « réalités stratégiques du XXIe siècle en déployant des forces en Europe, au Moyen-Orient et surtout en Asie orientale, devenu le nouveau centre d’intérêt stratégique »(18). Et les analystes de cette stratégie de mettre en garde les décideurs du Complexe : « Si nous ne prenons pas nos responsabilités, nous susciterons des défis envers nos intérêts fondamentaux. L’histoire du XXe siècle doit nous enseigner qu’il est important d’organiser les situations avant que les crises ne surviennent et de faire face aux menaces avant qu’elles ne deviennent extrêmes. L’histoire du XXe siècle doit nous inciter à prendre fait et cause pour la domination américaine »(19). « L’inquiétude croissante » que manifestent les think tanks face à « l’ascension de la Chine en tant que puissance peut créer une dynamique qui peut menacer la capacité de l’Amérique à exercer sa puissance dominatrice… »(20). Voulant régenter toute la planète, ils estiment que « la prépondérance de la puissance américaine est si grande et ses intérêts globaux si larges qu’ils ne peuvent pas prétendre être indifférents à l’issue politique dans les Balkans, dans le Golfe persique ou même lorsqu’ils déploient des forces en Afrique »(21)

Semer les « chaos constructifs »

Après avoir organisé les situations en Palestine, par un blocage systématique de toute initiative de paix et le maintien d’un abcès permanent par le soutien inconditionnel de la politique annexionniste de l’Etat d’Israël, créé les conditions à même d’attiser le feu dans les Balkans jusqu’à l’implosion de la Yougoslavie, mis en place le « chaos constructif » en Irak pour avoir la mainmise et le contrôle sur l’un des plus grands gisements de pétrole de la planète, encouragé les « révolutions oranges » d’Ukraine et de Géorgie en les poussant à demander leur intégration à l’OTAN pour affaiblir la Russie, utilisé l’Afghanistan et le Pakistan pour en faire les principaux leviers de leur politique de déstabilisation de l’Asie, poussé à l’établissement, en Somalie, d’un foyer permanent de tension dans la région stratégique qu’est la Corne de l’Afrique, essayé à maintes reprises de déstabiliser le Liban, par Israël interposé, ou par centaines de millions de dollars, en jouant sur les « rivalités » intercommunautaires chiites/sunnites/chrétiens, favorisé la prétendue « rivalité » entre Perses et Arabes pour créer un foyer de tension propre à inciter des achats d’armement de la part des monarchies pétrolières, en brandissant le danger d’un Iran nucléaire, ils utilisent, à présent, un bon Noir américain d’origine musulmane, pour faire les yeux doux au monde musulman et s’en servir dans leurs desseins machiavéliques de domination du monde.

En prévision de tels projets, ce programme prévoit « de réduire la fréquence de la présence des porte-avions en Méditerranée et dans le Golfe tout en augmentant la présence de l’US Navy dans le Pacifique(22) et d’améliorer les capacités de l’Air Force en Asie orientale pour mener des opérations de bombardiers à longue portée B2 et autres avions furtifs à partir de l’Australie(23), sachant qu’à l’heure actuelle ce type d’avions n’opèrent qu’à partir de la base aérienne de Whitman dans le Missouri. L’US Force prépare le remplacement de sa flotte de F-15 et F-16 par le F-22, conçu dans le programme Joint Strike Fighter (JSF), qui a déjà coûté 223 milliards de dollars au contribuable américain et renverra le Rafale français au musée de l’aéronautique. La marine ne sera pas en reste puisqu’il est projeté des ports d’attache semi permanents en Australie et aux Philippines. Tous ces préparatifs sont mis en place dans « la perspective que l’Asie orientale deviendra une région de plus en plus importante, marquée par l’ascension de la puissance chinoise… »(24).

Ce qui a fait la force des Etats-Unis depuis le début du XXe siècle, ce sont l’audace et l’esprit de décision qui ont caractérisé ses dirigeants, et notamment ceux du Complexe militaro-industriel. A chaque fois que le besoin s’en est fait sentir, ils n’ont pas hésité à créer les situations de manière à avoir plusieurs longueurs d’avance sur leurs rivaux, y compris leurs alliés conjoncturels (Europe et Israël). A contrario, depuis les vingt dernières années, la Russie et la Chine sont confinées dans leurs retranchements et subissent les assauts sournois et répétés de l’empire. Afin de contrecarrer et prévenir cette déstabilisation programmée, la Russie, qui compte plus de 15% de musulmans, a pris des mesures concrètes pour mettre en échec ce plan par l’adoption d’une politique plus volontariste avec le monde islamique(25), rappelant, par le biais de l’ancien président V. Poutine, que « la présence de l’islam sur le territoire russe était antérieure à celle du christianisme » (26). En effet, historiquement, l’Islam s’est répandu en Russie dès la fin du VIIe siècle, alors que le christianisme n’a été adopté, comme religion officielle, que vers la fin du Xe siècle par le premier Etat russe. Quant à la Chine, elle gagnerait à instaurer vis-à-vis de sa communauté musulmane une politique plus à même de contrer et prévenir ce plan machiavélique pour déjouer cet effet boule de billard, venant aujourd’hui du Pakistan et demain de l’Inde, dont la majeure partie de la communauté musulmane(27), marginalisée et victime de discrimination de la part du pouvoir indien, vit dans une très grande misère.

K. M. : Avocat

Notes de renvoi :

- 1- Point de vue de l’auteur paru dans El Watan du 22 décembre 2008 : « De la case de l’oncle Tom… »
- 2- Propos tenus par Henry Kissinger
- 3- Dans Stratégie, forces et ressources pour un nouveau siècle
- 4-Idem
- 5- Idem
- 6- « Aux origines de la guerre antiterroriste » Pierre Abramovici. Le Monde Diplom. Janvier 2002
- 7- « Pièces à conviction » France 3, 18 octobre 2001 cité par Pierre Abramovici
- 8- Financial Times du 3 octobre 1996 cité par Pierre Abramovici
- 9- Dans La terreur fabriquée W. G Tarplay
- 10- Dans « Pièces à conviction » sus-cité.
- 11- Dans « Aux origines de la guerre anti terroriste » sus-cité.
- 12 à 24 dans Stratégie, forces et ressources pour un nouveau siècle américain sus-cité
- 25- La Russie a obtenu le statut de membre observateur de l’Organisation de la Conférence islamique le 10 octobre 2003 grâce à l’appui de l’Arabie Saoudite et de l’Iran.
- 26- Déclaration de M. Poutine sur la chaîne El Jazeera le 16 octobre 2003.
- 27- En Inde, la communauté musulmane compte près de 160 millions d’habitants.

Par Khelifa Mahieddine

dimanche 18 octobre 2009

Réorganisation de l’année scolaire : Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Il est rassurant de voir certains de nos titres de presse ouvrir leurs colonnes à des universitaires et spécialistes.

Ces contributions sont censées éclairer les profanes sur tel ou tel enjeu ou expliquer, avec pédagogie, des concepts sujets à interprétation. Leur arbitrage est décisif dans les débats – voire dans les polémiques – entre profanes autour de questions à soubassements scientifiques.

Pour ces raisons, leur avis était très attendu pour élucider les tenants et les aboutissants des turbulences occasionnées par la nouvelle organisation de l’année scolaire. Les rares universitaires qui se sont prononcés sont pour la plupart des sociologues.

Aucun spécialiste en sciences de l’éducation, notamment parmi ceux versés dans le créneau des rythmes scolaires n’est intervenu sur la scène médiatique. Même s’ils ne sont pas légion, il en existe au sein de laboratoires de recherche de certaines universités du pays. Passons sur ce silence pesant. Revenons aux propos disponibles dans la presse nationale. Nous avons entendu à maintes reprises parler de “surcharge des programmes”. Un universitaire a même parlé de “la charge trop lourde des programmes”. Mais qu’est-ce qu’un programme scolaire si ce n’est qu’il comporte – entre autres – un listing de chapitres de leçons à dispenser par l’enseignant et à assimiler par l’élève ? En d’autres termes, un cahier des charges pour le processus d’enseignement/apprentissage du niveau concerné. Sûrement que le sociologue interviewé avait dans son esprit le mot “surcharge des programmes”.

Le lecteur non initié se dira “voici un justificatif scientifique aux choses qui se racontent ici et là autour de la surcharge des programmes”. Pour lui, la messe est dite, alors qu’aucun argument n’est venu étayer les affirmations de l’interviewé. Ce qui est bien dommage.
En réalité, les programmes scolaires sont de conception universelle notamment dans les disciplines scientifiques. Le nombre et l’intitulé des leçons de mathématiques, de physique, technologie ou de sciences “programmées” dans les établissements scolaires d’Algérie sont quasiment les mêmes que dans les tous pays du monde. Il n’y a pas de mathématiques, ni de sciences spécifiques à notre pays. En fait foi l’existence d’une évaluation à l’échelle mondiale et d’Olympiades dans ce type de disciplines.

Il n’est pas dans notre intention de nier ou de contourner l’existence de ce malaise récurrent qui a amené les élèves de terminale à sortir dans la rue en janvier 2008. Mais est-ce que les vraies questions ont été posées et les facteurs décisifs cernés ? Pas sûr. Ne voilà-t-il pas que, malgré les allégements opérés par la commission de suivi des programmes scolaires installée en septembre 2007, des voix s’élèvent en septembre 2009 pour “dénoncer la surcharge des programmes scolaires” ? Jusqu’où alléger ? Jusqu’à transformer en peau de chagrin des programmes (ceux des disciplines scientifiques et techniques) élaborés sur des normes internationales ?

Le premier facteur à incriminer – et il est de taille – se situe au volume horaire annuel alloué aux apprentissages (heures de cours effectifs), à savoir le nombre de semaines passées par l’élève en salle de classe. Comparés à leurs pairs des autres pays, nos élèves souffrent d’un déficit en semaines de cours. Au niveau mondial, la moyenne varie de 35 semaines (Maroc, Tunisie) à 40 semaines en Occident, excepté la France. Chez nous, l’année scolaire pointe sa fin avant la clôture de la 27e semaine. Nous parlons de 27 semaines, officiellement planifiées, auxquelles il y a lieu de retrancher les nombreux jours fériés et les journées “clandestines des ponts’’ de fêtes. Faites les comptes ! Une durée nettement insuffisante pour prétendre aux mêmes performances des élèves anglais ou chinois.

Dans les faits, les élèves sont “encouragés’’ à déserter les salles de classe une fois bouclée la dernière composition du troisième trimestre. D’où le triste spectacle, vers la mi-mai, de ces élèves qui s’éparpillent dans l’espace extra-scolaire. Pour aller où ?... Une réalité dénoncée par la presse et les parents et que le MEN a tenté de juguler depuis quelques années.

Enjeux et contraintes

Afin de mettre fin à cette anomalie, la loi d’orientation sur l’éducation nationale (adoptée le 23 Janvier 2008) a fixé la durée de l’année scolaire “à 32 semaines au minimum”. Dans le sillage de cette loi et pour être en phase avec la tendance mondiale, le MEN a pris la décision d’une rallonge conséquente à l’année scolaire. Elle est de 35 semaines, à partir de cette année.
La levée de boucliers constatée depuis cette annonce a de quoi laisser perplexe. Elles sont légitimes les préoccupations des parents dont les enfants font face à des contraintes de transport ou de restauration. Par contre, inexplicables sont les positions de certains cercles. Auparavant déjà, ces derniers se sont plaints de la “surcharge des programmes’’ et des difficultés à les boucler avant terme. Recevable, cet argument quand il s’agissait d’une année scolaire à 27 semaines (et moins). Mais comment expliquer le maintien de cette position au moment où survient une rallonge de 8 semaines. N’est-elle pas conçue (cette rallonge) pour offrir le temps nécessaire au sacro-saint bouclage des programmes ? Elle permet aussi de mieux s’adonner aux révisions, à la préparation aux examens (en classe et non en dehors). Autre avantage à puiser de cette réorganisation de l’année scolaire : effectuer les corrections et les comptes rendus des compositions du troisième trimestre, d’ailleurs rarement effectués par le passé. Qui s’est soucié de cette privation de droit dont ont été victimes nos élèves – le droit à la correction/compte rendu, le droit à la phase de révision/préparation.

Quand on sait la valeur pédagogique et formatrice des corrections collectives et individuelles, des révisions préparatoires aux examens, on ne peut que se réjouir de voir les élèves algériens disposer du même nombre de semaines que leurs camarades dans les autres pays.

Dans le fond, le principe de cette décision de réorganisation de l’année scolaire (à 35 semaines) est inattaquable. Faut-il souligner qu’elle a un soubassement scientifique et pédagogique sans lequel les pays développés ne l’auraient jamais adoptée ?

Toutefois, son application dans des conditions particulières a quelque peu perturbé la sérénité des usagers de l’école. Nous citerons deux écueils : la double vacation dans des établissements scolaires, due essentiellement à l’incapacité du secteur de la construction de répondre avec célérité aux demandes en infrastructures scolaires ; les redoublements, voire triplement d’élèves de fin de cycle faute de place d’accueil en formation professionnelle.

À l’évidence, des mesures d’accompagnement sont inéluctables à court ou moyen terme. Elles se dessinent en filigrane dans l’esprit de la réforme qui se veut soumise à un dispositif permanent d’évaluation. Dispositif qui nous l’espérons, débusquera les fausses notes et apportera les solutions adéquates.

À coup sûr, c’est vers une refonte de l’organisation pédagogique de nos établissements scolaires que nous mène cette mise à niveau aux normes internationales. De cette refonte naîtront les solutions radicales aux problèmes récurrents que nous vivons chaque année. Là se nichent les enjeux futurs. Ils ont pour noms : la réduction de la durée de la leçon sous l’impulsion de l’usage des TIC, la redéfinition de la nomenclature des disciplines à enseigner avec des horaires appropriés, la synchronisation des contenus des manuels avec les programmes scolaires et ce, par un affinement des cahiers des charges s’y rapportant (ne pas confondre programme et manuel), la réhabilitation statutaire de certains enseignements tels que l’EPS et l’éducation artistique et esthétique. À la clé, l’élève algérien aura de la motivation pour les études. Le problème d’horaires ne se posera pas en termes de contrainte mais en termes de qualité des activités proposées.

Quand il est soumis à un régime pédagogique attrayant, centré sur ses intérêts et ses besoins, l’élève ne voit pas le temps passer. Surtout lorsqu’il est entre les mains d’un éducateur consciencieux, dévoué au nom de la réussite et de l’épanouissement de ses ouailles. Pour toutes ces raisons, il y a lieu de conclure par le bon sens populaire : “Éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain”. L’année à 35 semaines (et plus si nécessaire) impose ses vérités partout dans le monde. Il ne sert à rien de s’y opposer… à moins d’avoir des desseins autres que purement pédagogiques.

Par : AHMED TESSA (*)

mardi 13 octobre 2009

À propos du livre de cheikh Khaled Bentounès : La mémoire et la gloire

À soixante ans passées, cheikh Khaled Bentounès, chef de la zaouïa alaouia, se penche sur son passé. De cet exercice est sorti un récit de 200 pages, plaidoyer pro domo comme il convient à ce genre d’ouvrage, où le cheikh raconte sa vie, son œuvre et ses espérances. M. Bentounès a peut-être mille raisons d’être fier de ce qu’il a réalisé. Il devrait, cependant, s’armer d’une plus grande précaution quand il cite des faits passablement reformatés ou des propos de personnes encore vivantes. Retour donc sur une enquête journalistique signée par un jeune reporter qui était moi et qui a été publiée par le journal El Moudjahid il y a aujourd’hui 41 ans…

En juillet 1968, sur plusieurs jours d’affilée, paraissait sur le journal El Moudjahid une enquête-reportage intitulée : Les Alaouites ou l’Islam des hommes d’affaires. Voici comment, dans un ouvrage qui vient de paraître1, cheikh Bentounès en parle : “Le samedi 20 juillet 1968, écrit-il, Zouaoui Benhamadi signe un article incendiaire sous le titre les Alaouites ou l’Islam des hommes d’affaires ; qui sont-ils ? Des musulmans à part entière ou des musulmans bien à part ?” 2. Le cheikh énumère ensuite un certain nombre de griefs que l’opinion publique et, selon lui, des dirigeants de l’époque, reprochaient à la zaouïa alaouite, accusations qui vont de l’attitude antinationale à l’hérésie religieuse. Jusque-là, c’est conforme au texte de l’enquête. Le cheikh Bentounès ose ensuite, et c’est son droit, une explication plus générique : cette enquête n’est rien d’autre qu’une attaque publique et frontale contre la zaouïa “commanditée par le pouvoir militaire qui s’est installé en Algérie en1965”. Là encore, le cheikh Bentounès peut échafauder le scénario qui lui convient.
Seulement voilà, pour avoir été l’auteur de cette enquête, c’est aussi mon droit de dire ce que je sais. Je sais que, comme tous les étés qui sont des périodes “vides”, comme dans toutes les rédactions du monde, le journal El Moudjahid cherchait des sujets de société pour étoffer ses pages. Je sais que mon chef de rubrique de l’époque (encore vivant) natif de l’est du pays, une région où l’action de cheikh Abdelhamid Ibn Badis avait considérablement réduit celle des confréries, m’entretenait souvent de ce que lui disait alors son parent, qui se trouvait en poste dans une institution publique à Mostaganem. Il lui paraissait étrange et très peu ordinaire qu’une confrérie locale puisse avoir autant d’influence sur la vie des institutions publiques comme c’était le cas à Mostaganem.

Ce que colportait la rumeur était-il vrai ? Il fallait aller enquêter sur place. Voilà comment, dans la tranquille atmosphère estivale d’une rédaction, il a été décidé de réaliser un reportage sur les Alaouites. On est bien loin du “pouvoir militaire” machiavélique tapi dans l’ombre et manipulant à sa guise médias et journalistes. J’ajoute encore que le Moudjahid de l’époque était dirigé par le très regretté Abdelaziz Morsli, un homme d’une inégalable probité intellectuelle qui a marqué plusieurs générations de journalistes.

Au fait, que contenait cette “incendiaire” enquête ? Rien de plus que la description de l’état des lieux et la transcription des propos des principaux protagonistes, y compris un entretien avec cheikh El Mahdi Bentounès, père de l’actuel guide de la zaouïa, dans lequel il confondait ses détracteurs. Que s’est-il passé par la suite ? On peut l’apprendre par la lecture d’un chapitre du livre de M. Bentounès. Mais un journaliste peut-il être tenu pour responsable de l’action et des réactions de deux acteurs majeurs et hautement responsables que sont les autorités publiques, d’une part, et les dirigeants de la zaouïa, de l’autre ? Ou alors, faut-il tuer le messager à chaque fois que les nouvelles ne sont pas bonnes ?

Quarante années s’écoulent et un jour, je reçois un appel de M. Adda Bentounès, frère du guide, qui me demande si je consentais à témoigner dans un film ce que la zaouïa réalisait autour de la personnalité de cheikh El Mahdi Bentounès. Ma réponse est immédiate : c’est oui. Le oui d’un homme qui a toujours eu la conscience tranquille. Le jour convenu, je vois débarquer dans mon bureau une équipe de“cinéastes alaouites” avec un attirail flambant neuf. Premier constat : ce sont des étrangers mais, disent-ils fièrement, de vrais adeptes de la Tarîqa. L’entretien devait durer dix minutes mais je vois qu’il s’éternise. Jusqu’à ce que le “cinéaste” me dise clairement ce qu’il était venu chercher : des excuses publiques, voire même un acte de repentance. Pourquoi ? Parce que j’avais participé à un “complot ourdi par Boumediène le communiste qui, pour plaire à Moscou, s’en était pris à un fleuron de l’Islam (les Alaouites)”. Et il ajouta, tout à fait rassurant : “Aujourd’hui, le mur de Berlin est tombé, il n’y a plus rien à craindre”3. Rien que cela : la zaouïa alaouite, enjeu stratégique de la bataille est-ouest ! Je le regardai médusé mais tout de même surpris par son air candide, presque de bonne foi. Je compris alors que ce “cinéaste”, non seulement ne connaissait rien à la réalité locale, mais ne faisait que débiter un couplet qu’on lui a appris ailleurs.

L’entretien se déroulant devant témoin, j’entrepris alors, patiemment, caméra en marche, de lui rappeler la genèse de cette affaire et, courtoisement, lui donnais congé.
En juillet 2008, de passage à Alger, le cheikh Khaled Bentounès m’invite à un “déjeuner amical” pour évoquer le “passé et l’avenir”. La zaouïa alaouite était devenue rayonnante et plus puissante que jamais. Je décidai de répondre à cette invitation avec plaisir mais surtout pour avoir des explications sur l’attitude du fameux “cinéaste” étranger.

Une fois à table, le sujet fut posé avant les hors-d’œuvre et aussitôt évacué par un geste expéditif du cheikh : “oublie tout ça. Ces étrangers ne comprennent pas les réalités de notre pays”. S’ensuivit un échange paisible qui dura trois heures et qui sera d’ailleurs suivi d’une autre longue rencontre, environs six mois plus tard, et toujours en tête-à-tête. Que s’était-il dit dans ces rencontres ? Rien de bien notable sinon un échange, parfois fécond, entre deux hommes mûrs que le destin a fait croiser il y a quarante ans. Le cheikh avait envie de me faire connaître l’étendue et les performances de son itinéraire et il le faisait comme un orateur des grandes foules, même si j’étais seul à l’écouter. Aujourd’hui, disait-il, il “occupe un grand espace, tutoie des têtes couronnées d’ici et d’ailleurs, ambitionne de grands projets pour sa Tarîqa…”

J’avoue que, sur le moment, à part un léger soupçon d’une trop humaine vanité, tout cela me semblait dans l’ordre des choses : réussir c’est d’abord le faire savoir. Mais après la lecture de son livre, d’autres interprétations sont possibles. Parce que, que dit le cheikh Bentounès de ces rencontres ? En ouvrant les guillemets, le cheikh me fait dire : “Je rends grâce à Dieu de m’avoir prêté vie jusqu’à ce que je te rencontre aujourd’hui. Il fallait me débarrasser de ce fardeau qui me pèse depuis si longtemps. Il me fallait avoir une explication avec toi sur ce qui s’est passé autrefois…” 4.

Cette entrée en matière, curieusement empruntée à une littérature de confessionnal, laisse présager du pire, c'est-à-dire, de la part de M. Bentounès, d’une remarquable capacité de “construction”. Ainsi, selon ses dires, j’aurais plaidé les circonstances atténuantes vu mon âge (23 ans) à l’époque, j’aurais chargé mes supérieurs qui ont “fait le choix des entretiens à publier”, et, bien sûr, ce n’est que plus tard, après avoir beaucoup voyagé, que j’ai compris “le message universel de cheikh El Mahdi Bentounès qui avait des idées beaucoup trop avancées pour l’Algérie de l’époque”. Voilà, bien plus que des regrets, de véritables aveux !

Bien sûr que rien de cela n’a été dit. Mais comment caractériser, eu égard à la personnalité de M. Khaled Bentounès et des sentiments que lui vouent ses adeptes, une telle inexactitude sans employer le mot qui blesse ? L’on sent bien que le sentiment de revanche, sinon de vengeance, l’a emporté chez le cheikh au point de violer une discussion à caractère privé et de travestir la réalité. J’affirme pour ma part n’avoir jamais tenu, ni avec M. Bentounès ni avec personne d’autre, de tels propos tout simplement parce qu’ils ne renferment aucune réalité. Qui peut croire que l’indomptable Morsli qui dirigeait le journal, le talentueux regretté Bachir Rezzoug, qui a donné une plus-value technique à cette enquête, le subtil photographe Aziz Hmida, moi-même et certainement beaucoup d’autres qui auraient été, selon les dires du cheikh, les commanditaires ; que tout ce monde-là donc ait pu, dans un secret si jalousement gardé depuis 40 ans, “comploter” contre une zaouïa, en particulier, dans un pays qui en regorge ? Et pourquoi ? Mais si l’on retourne l’interrogation pour se demander pourquoi depuis si longtemps les dirigeants de la zaouïa alaouite s’en tiennent à la théorie du complot, l’on peut peut-être comprendre, à la faveur des soubresauts qu’a connus notre pays, où se situe aujourd’hui l’intérêt et qui en tire profit.

Le cheikh Khaled Bentounès est dans son rôle de tenter d’innocenter ses pères des accusations de leurs contemporains. Mais il ne peut refaire l’histoire. C’est en apportant sereinement ses preuves et non en accablant la mémoire des disparus qu’il pourrait peut-être convaincre. Car il ne faudrait pas succomber à l’illusion. Tout ce gros paquet de vieux tartuffes fraîchement convertis, ces politiciens bedonnants partis à la pêche aux voix sénatoriales, ces plumes “mortellement laïques” qui ont pourtant encensé une problématique “audace” religieuse, ces officiels de la religion à la crédibilité obérée qui se sont réfugiés dans le silence, tous ces gens - et je ne parle évidemment pas des adeptes sincères - qui ont accouru cet été à Mostaganem, ne sont que d’encombrants compagnons de route pour une authentique Tarîqa soufie dont la trajectoire a plus à voir avec la douloureuse quête existentielle de l’imam El Ghazali que de la frivolité médiatique d’un Séguéla. Le cheikh Khaled Bentounès devrait le savoir. Le reste, l’avenir le dira.

Par : ZOUAOUI BENHAMADI (*)

*Journaliste. Il ne s’agit ici ni d’un compte-rendu ni d’une critique d’un livre par ailleurs intéressant, mais d’une forme de mise au point sur un épisode de l’histoire.
1. La Fraternité en héritage – histoire d’une confrérie soufie. Cheikh Khaled Bentounès avec Bruno Solt. 220 pages, éditions Albin Michel.
2. Page 79 et suivantes.
3. Cette rencontre a eu lieu en juillet 2005
4. Page 104 et suivantes.

dimanche 11 octobre 2009

La bataille de Tachibounte : Aghrib Azazga 8 octobre 1959

Tachibounte est un petit bois, à vrai dire un bosquet, qui surmonte une crête avec des falaises abruptes et des ravins sauvages. Elle est située non loin d’Aghrib et du gros village Taboudouchte. Elle est limitée au nord par le village d’Adrar et à l’est par le gros village d’Azrou. Le village d’Aït Bouali n’est pas loin non plus.

Nous sommes en pleine opération « Jumelles », et déjà les effets désastreux de la sédition des officiers libres se font sentir et remuent dangereusement les rangs de l’aln. une réunion regroupe des moudjahidine au village de Timerzouga, c’est une réunion informelle initiée par l’aspirant Si Abderrahmane Arrous, membre du conseil du commandement de la Région 3, Zone III. Il invite à cette réunion les chefs des secteurs et déjà deux d’entre eux sont présents. Il s’agit de Si Mouh Saïd Boudoukhane et de Si El Hanafi dit « Habachi ». L’autre chef de secteur, Si Ouakli Kesri, de Sidi Naâmane a été retardé. L’ordre du jour de cette réunion improvisée est communiqué aux participants, il s’agit de juger l’un des leurs, un aspirant de surcroît, pour fautes graves. En l’occurrence, il s’agit de Si Ouali, un ancien gendarme déserteur, originaire de la Petite Kabylie et dont le comportement a paru bizarre ces derniers temps jusqu’à offusquer certains de ses proches et cela n’a pas échappé à la vigilance de ses compagnons. Il est donc aux arrêts. Les moudjahidine réunis en conclave estiment qu’ils ne sont pas qualifiés pour juger un officier, et un aspirant ne peut pas juger un autre aspirant comme lui, il fallait donc se résoudre à réclamer l’avis des officiers supérieurs. Si El Hanafi, adjudant-chef du secteur à l’époque fut désigné pour prendre attache avec le haut commandement et l’instruire de cette affaire. Il était le seul homme à connaître l’endroit où il pourrait rencontrer le commandant Si Mohand Ouelhadj. L’endroit était revêtu du secret le plus absolu compte tenu de la conjoncture, et approcher le commandant n’était pas chose aisée à ce moment-là. Une section de moudjahidine l’accompagnera dans sa mission. En attendant, les moudjahidine observent de leur coin les mouvements des troupes ennemies stationnées à Aghrib et ses environs. Lorsque Si El Hanafi est de retour, il est surpris par la lumière du jour, il est dans l’obligation de faire halte et stationne du côté de Freha et dépêche deux estafettes pour porter le courrier.

Le commandant Si Mohand Ouelhadj a été contacté, et dans sa réponse, il explique que la situation qui prévaut donne légitimation aux moudjahidine de la Région 3 réunis à Timerzouga de constituer un tribunal et de juger l’officier indélicat. L’affaire est réglée rapidement. Le tribunal est constitué et rend son verdict. L’accusé est condamné et exécuté. L’imprimé « Arrêt de mort » est rempli. Il indique le président du tribunal, l’accusateur, le défenseur, les témoins et le greffier (le secrétaire de séance). Les djounoud s’apprêtaient à rejoindre la magnifique forêt de Tala Igouraouène, leur lieu de prédilection, pour trouver un refuge sûr pour séjourner dans la journée du lendemain. Mais l’aspirant Si Abderrahmane Arrous les dissuada. Ils demeureront donc sur place en se répartissant dans les chaumières des alentours. Les documents de la réunion sont portés dans une serviette et placés en lieu sûr à quelques encablures de là dans un abri au loin dans une localité en contrebas. Le lendemain, la cavalerie ennemie stationnée au poste militaire de Mira sort en opération et se dirige tout droit vers cette localité située en retrait des gros villages de la région et en zone découverte. Y a-t-il eu dénonciation ou bien est-ce une opération de routine ? L’ennemi arrive à localiser l’abri et les soldats tuent les deux secrétaires qui s’y étaient réfugiés et qui sont étrangers à la région. Encouragés, les soldats continuent à fouiller et à creuser et parviennent à découvrir la serviette et les documents qu’elle contenait. L’ennemi sait maintenant que les moudjahidine ne sont pas très loin et qu’ils sont assez nombreux. Il monte tout de suite une opération de ratissage et ses troupes stationnées dans les postes et camps militaires sont en état d’alerte. Les soldats du poste militaire d’Aghrib sortent du camp et trompent la vigilance des guetteurs aln en jouant de ruses. Ils font mine de se diriger vers le sud, alors qu’en fait, ils rebroussaient chemin par des voies détournées pour aller rejoindre leur objectif primordial, à savoir atteindre le chemin des crêtes au nord qui coupera la retraite aux djounoud qui voudront rejoindre Tala Igouraouène. Les moudjahidine seront donc pris au piège et n’auront d’autre alternative que de se réfugier dans la forêt de Tachibounte. Pendant ce temps, l’ennemi a achevé ses préparatifs, et très tôt le matin du 8 octobre 1959, le ratissage s’annonce par les bombardements d’artillerie lourde et par la ronde infernale des T6, des Moranes jaune et noir ! Les hélicoptères de type Sykorsky et Banane ne sont pas en reste ; ils interviennent dans le transport des troupes pour les déposer sur les crêtes des montagnes environnantes. Les djounoud maintenant se sont retranchés au milieu de la forêt et chacun d’eux a choisi son abri personnel pour combattre. Dans leur majorité, ils sont armés de fusils de guerre de type américain Garrant ou français Mas 49 et des pistolets mitrailleurs Mat 49 mieux appropriés pour les combats de proximité et surtout en forêt. Ils constituent au total une section de 27 combattants auxquels s’ajouteront quelques détachés.

Les premiers coups de feu ne vont pas tarder à retentir dès que les premiers éléments de la troupe française pénètrent dans la forêt et se rapprochent dangereusement à la portée des fusils meurtriers des moudjahidine. La bataille qui débute enregistrera l’anéantissement total de cette section ennemie qui s’est hasardée trop confiante au cœur de la forêt. Comme toujours et en pareilles circonstances, l’ennemi retire ses fantassins et confie à l’aviation et à l’artillerie le soin de continuer le combat. Il durera toute la journée et une partie de la nuit avec l’utilisation des fusées éclairantes. Devant la résistance acharnée des djounoud et de leur obstination à combattre jusqu’à épuisement des munitions disponibles et devant leur endurance, l’état-major opérationnel ennemi a eu recours aux renforts qui augmenteront considérablement le nombre des assaillants. Le combat s’achèvera le lendemain 9 octobre au matin. Les pertes sont lourdes de chaque côté, mais elles ne furent pas évaluées du côté français parce que les corps ont été ramassés et transportés jusque dans les postes militaires. Par contre, les pertes des moudjahidine sont considérables : toute la section a été neutralisée avec 22 chouhada et 5 blessés faits prisonniers. Dans sa vindicte, l’armée française, qui pleure ses soldats morts au début de la bataille, utilise des villageois comme bouclier pour pénétrer dans la forêt et pour participer au ramassage des corps des soldats tués. Ils seront abattus à leur tour pour empêcher la divulgation du nombre des pertes françaises, il y aura donc au total 29 chouhada. La zone de Tachibounte sera déclarée zone interdite et les villages environnants seront évacués. La population sera regroupée dans des centres créés à Tala Tegana et à Timerzouga. Un poste permanent est installé au village Adrar pour la surveillance continuelle de cette zone interdite.

Voici les noms des chouhada de cette bataille mémorable : Boudjemaâ d’Aït Bata (Abizar), Abderrahmane Arrous (Larbaâ Nath Irathen), Si Saïd Bounamane (Assif El Hammam), Ghezzaz Amar dit le Chinois (Mizrana), Oumetchi Ahmed (Tifra), Tissegouine M’hand (Ibdache), Amkrouche Ali (Ibdache), Tizrairat Saïd (Tifra), Aït Abba Rabah (Ighil M’henni), Ouagouag Belaïd (Adrar), Lounis Saïd (Tala Tegana), Iguer Ramdane (Tala Tegana), Agouni Nessouk Boudjemaâ (Azerou), Djoughali Arezki (Tala Tegana), Saber Pacha Mokrane, Djoughali Mouloud (Tala Tegana), Mouh Nali Oumeziane, Saïd Ourezki, Amar Tessanate, Aït Amar Hidouche, Oubatite Saïd, Si M’hand Nath Aïssi, Si Ali Ouahmed, Djoughali Amar (Tala Tegana), Si Ouali Ihnouchène, Rabah Oumetchi. Les 5 blessés faits prisonniers sont : Ouguenoune Saïd dit Saïd Boudhrar, Si Mouh Saïd N’tboudoucht, Boudouhane, Tighedine Arezki dit Arezki N’taouinte, Ibouchoukane Tahar du village Adrar, Abdellaoui Hadh Ahmed du village Ibeskrine.

Par Salah Mekacher

AdSense